4. Mythes et Réalités

Les avantages invoqués pour préférer l'eau en bouteille sont-ils réels, ou juste des mythes?
Sommes-nous inconsciemment influencés par les campagnes de marketing?

Dans cette section nous reprenons chacune de ces raisons et nous essayons de faire la part des choses.

Sécurité | Pureté | Goût | Santé | Fraîcheur

Sécurité

Si vous demandez aux gens quelle eau est la plus sûre entre l'eau en bouteille et l'eau du robinet, plusieurs vous répondrons l'eau en bouteille. Parce que le marketing a été efficace, et parce qu'on s'imagine qu'en général l'eau en bouteille provient directement d'une source pure située dans un environnement encore vierge, on pense que cela confère une plus grande sécurité quant à la qualité de l'eau, et que les risques de contamination sont plus faibles que pour l'eau du robinet.

Voyons ce qu'il en est.

Réglementation et Inspection - Au Canada

Contrairement a ce qu'on pourrait penser, la réglementation n'est pas la même entre l'eau en bouteille, qui est considérée comme un aliment, et l'eau du robinet (municipale), qui est considérée comme un service public. Dans la plupart des documents de référence, on affirme que la réglementation pour l'eau du robinet est bien plus exigeante que celle pour l'eau en bouteille.

Au Canada, l'eau en bouteille est assujettie à la Loi sur les Aliments et Drogues, et les inspections sont l'affaire de l'Agence canadienne d'inspection des aliments, qui doit surveiller autant les produits locaux que ceux qui sont importés. (Au Québec, c'est le ministère de l'Agriculture qui s'en occupe). Aucun permis n'est requis pour embouteiller ou vendre de l'eau en bouteille. L'eau du robinet, quant à elle, est régie par les provinces dont les législations se basent sur les lignes directrices émises par Santé Canada.

Dans les deux cas les réglementations visent à ce que l'eau soit de qualité. Cependant, l'industrie de l'eau en bouteille est largement auto-régulée, les autorités s'attendent à ce que les embouteilleurs fassent les tests appropriés et prennent des mesures si des contaminations sont trouvées. Le nombre d'inspecteurs de l'agence des inspections des aliments ne permet pas des tests réguliers, seules des analyses aléatoires sont effectuées (environ 150 échantillons par année en 2002), et les visites surprises d'usine peuvent être très espacées (aux 2 ans).

Évidemment, l'industrie à tout intérêt à s'assurer de la qualité de son produit, mais on a pu voir, à la lumière de l'épisode de la listériose au Canada en 2008, que les auto-inspections peuvent avoir des faiblesses, et on réclame plus de pouvoirs pour les inspecteurs de l'Agence.

L'eau municipale, quant à elle, est suivie de façon beaucoup plus serrée. Surtout dans les grandes villes, les usines de distribution d'eau effectuent des tests en continu, les tests pour certains contaminants devant être faits des centaines de fois par jour. Tout problème doit être immédiatement rapporté et des avis sont émis le cas échéant. Ces avis peuvent inquiéter, mais ils sont la preuve que le système est sur ses gardes, et il a été renforcé depuis l'épisode de Walkerton en Ontario.

Pour en savoir plus:

Réglementation et Inspection - Aux États-Unis

Dans les pays développés, la réglementation est similaire. Aux États-Unis, on retrouve la même situation qu'au Canada.

Les normes de qualité américaines de l'eau du robinet, définies par l'Agence pour la Protection de l'Environnement (EPA) sont plus contraignantes que celles de la Food and Drug Administration qui régit l'eau en bouteille, qui est là aussi considérée comme un aliment. (La FDA pense réviser la réglementation pour resserrer le contrôle au niveau des coliformes dans les eaux en bouteille.)

Différences entre les normes de l'EPA (eau du robinet) et celles du FDA (eau en bouteille):

Eau en Bouteille Eau du Robinet
Désinfection Exigée? non oui
E.Coli et coliformes complètement interdits? non oui
Fréquence des tests pour les bactéries 1 fois/sem centaines/mois
Filtrage pour les pathogènes ou source protégée? non oui
Tests pour les virus? (incluant Cryptospiridium, Giardia) non oui
Fréquence des tests pour les substances chimiques? 1 fois/an 1/quarter
L'opérateur doit-il être formé et certifié? non oui
Tests requis pour être aux normes concernant l'amiante et les phthalates? non oui
Les tests doivent être conduits par des labs certifiés? non oui
L'État et le fédéral doivent être avertis des violations? non oui
Le consommateur a-t-il un droit d'être mis au courant des contaminations? non oui

Pour en savoir plus:

Risques de contamination

Nous avons vu ci-dessus la différence entre les réglementations, mais en pratique, trouve-t-on des contaminants dans l'eau en bouteille, et si oui, sont-ils différents de ceux trouvés dans l'eau du robinet?

En général, l'eau en bouteille respecte les normes. Il peut paraître surprenant que ces normes soient moins strictes pour l'eau en bouteille, par exemple au niveau des coliformes totaux. Surtout qu'il n'existe pas vraiment de lieu véritablement vierge. Même l'eau de source peut être affectée par la pollution ambiante, qui percole jusque dans les sources, les puits et les nappes phréatiques.

Bactéries vs réutilisation des bouteilles

En pratique, le risque bactériologique provient principalement des manipulations de la bouteille à partir du moment où elle est débouchée, soit au niveau du goulot, ou pour les grosses bouteilles, au niveau de la machine distributrice.... L'eau des bouteilles manipulées par des enfants, par exemple, peut contenir beaucoup plus de colonies bactériennes que l'eau du robinet.

Les bouteilles à usage unique ne sont pas conçues pour être réutilisées, elles ont souvent des formes difficiles à nettoyer et leur plastique est mince, il se craque plus rapidement, ce qui permet aux contaminants de s'accumuler.

Ceux qui pensent aider l'environnement en remplissant leur bouteille plusieurs fois feraient probablement mieux de s'équiper d'une bouteille prévue à cet effet, qui se nettoie mieux.

Contaminants provenant du traitement industriel de l'eau

Les consommateurs d'eau en bouteille craignent souvent l'eau du robinet car ils ont entendu parler des possibles contaminants qui pourraient provenir de la chloration de l'eau, de l'état des tuyaux ou des contaminants pharmaceutiques qui pourraient échapper à la filtration municipale. Ces problèmes peuvent être réels et les études à ce sujet sont nombreuses.

Cependant, même si on imagine souvent l'eau en bouteille comme provenant directement d'une source sans reproches, dans la réalité cette eau passe aussi par une fabrication et une transformation industrielle, qui comporte des risques de pollution du produit. Plusieurs cas de rappels sont documentés faisant état de contaminations au bromate, à l'arsenic et à l'antimoine, qui proviennent soit du procédé de fabrication ou d'un mauvais entretien des filtres ou des équipements.

Par exemple, Coca-Cola a dû interrompre le lancement de sa marque Dasani en Grande-Bretagne car les bouteilles contenaient des niveaux de bromate - une substance potentiellement cancérigène - supérieurs aux normes locales. Ce bromate s'était formé lors de l'ajout de calcium dans l'eau pendant le processus de fabrication.

Le traitement de l'eau municipale avec le chlore peut également produire des contaminants, mais l'ozonation, utilisée au lieu du chlore par les embouteilleurs pour désinfecter l'eau, peut également aboutir à la création de contaminants si elle n'est pas bien appliquée. Bref, à chaque type d'eau ses problèmes, il est hasardeux de penser que l'eau en bouteille est fondamentalement plus sûre que l'eau municipale.

Contaminants provenant des bouteilles en plastique

Les bouteilles de plastique (PET) suscitent également des inquiétudes. Diverses études semblent démontrer que de faibles quantités de contaminants migrent du plastique vers l'eau en bouteille. Par exemple, en 2006, une recherche a démontré que l'eau contenue dans des bouteilles en plastique PET du Canada et d'Europe contenait des niveaux d'antimoine supérieurs à l'eau naturelle non-embouteillée. L'antimoine peut mener à des intoxications similaires à l'arsenic. On entend aussi parler des phtalates et des bisphénols-A (des disrupteurs endocrinaux) qui pourraient également passer du plastique vers l'eau.

La concentration des contaminants qui migrent dans l'eau semble augmenter avec la durée de stockage, ainsi qu'avec la chaleur. On entend de plus en plus des avertissements prévenant les consommateurs de ne pas laisser leurs bouteilles à la chaleur dans une voiture, ni se servir des bouteilles pour réchauffer des liquides. Les fabricants, quant à eux, sont nombreux à mettre une durée de vie sur leur bouteille, et plusieurs indiquent sur leur contenant qu'il ne doit pas être réutilisé.

On peut voir quelques exemples de contaminations et de rappels d'eau en bouteille dans la boîte en haut à droite de cette page.

Pour en savoir plus:

Conclusion

À la lumière des informations disponibles, on ne peut pas affirmer que l'eau en bouteille apparait plus sûre que l'eau municipale (tout dépend bien sûr d'où vous vivez). On pourrait dire que c'est match nul sur ce point.

Pureté

Un des premiers arguments de vente de l'eau en bouteille, c'est sa pureté.
Le problème, c'est que le terme 'pureté' n'a pas de définition officielle. Il est même interdit de l'utiliser au Canada dans le nom du produit (ex: Eau Purifiée n'est pas permis).

Cela n'empêche pas de voir apparaître le terme 'pur' presque systématiquement dans les slogans inscrits sur les bouteilles et les publicités. (Dasani: Pur rafraîchissement, Aquafina: Le goût de la pureté).

En fait, dans l'eau à l'état naturel on retrouve une multitude de minéraux dissous (calcium, magnésium, sodium, ...). Leur quantité varie grandement en fonction des sols et des environnements par où l'eau est passée. Lorsque la concentration dépasse un certain seuil, on parle d'eau minérale. La mode de l'eau en bouteille a d'ailleurs démarré avec ces eaux minérales que l'on importait d'Europe.

Ce sont les minéraux qui donnent le goût à l'eau, qui autrement ne goûterait rien. Ces minéraux sont essentiels au bon fonctionnement du métabolisme.

Eaux pauvres en minéraux

L'argument de la pureté de l'eau est apparu dans les années 90 surtout avec les eaux de synthèse comme Dasani et Aquafina. Dans ces eaux, qui proviennent de réseaux municipaux, on retrouve très peu de minéraux car ils sont éliminés lors des multiples étapes de filtration. L'eau, ainsi débarrassée de tous ses composants, ne goûte plus rien. (Cela n'empêche pas de nouveaux contaminants d'être introduits par le procédé industriel lui-même, voir plus haut).

D'autres eaux exotiques, qui ne proviennent pas de sources, ont aussi un contenu minéral très faible. C'est le cas par exemple de l'eau tirée des glaciers (10 Thousand BC) ou de l'eau des icebergs (Berg), ou de certaines eaux artésiennes (Voss, Equa), et même de l'eau de pluie (Tasmanian Rain). La plupart de ces marques font grand cas de la pureté de leur produit, qui provient de régions supposément vierges. (Évidemment, le hic c'est qu'une fois implantée l'usine d'embouteillage, le lieu n'est plus vierge!)

Eaux riches en minéraux

Les eaux minérales sont celles dont la concentration de minéraux est forte (>500 mg/litre au Canada, >250 mg/l aux USA). On consomme ces eaux depuis des centaines d'années à des fins médicinales ou thérapeutiques. En en boit encore de nos jours pour la santé, pour la digestion, pour maigrir, ou pour reprendre des minéraux après une activité physique intense.

Les eaux minérales sont-elles pures? En fait la réglementation sur l'eau potable ne s'applique pas à l'eau minérale, parce qu'effectivement certaines normes seraient dépassées. (ex: norme de 200ppm de sodium pour l'eau potable vs 1172ppm pour Vichy Célestins).

Autre exemple, le calcium (que l'on nomme calcaire) est considéré par les consommateurs comme nocif quand il provient du robinet, mais bon pour la santé quand il provient d'une eau minérale. Pourtant, c'est la même chose!

Un argument à prendre avec... une pincée de sels minéraux

On le voit, l'argument de la pureté est tout à fait relatif. Ce n'est pas la panacée tant vantée, mais plutôt une façon de s'attirer des ventes en minant un peu plus la confiance du consommateur envers l'eau du robinet, dont la composition est en fait... équilibrée (voir tableau ci-dessous).

Si vous consommez trop souvent de l'eau 'fortement purifiée', il vous faudra aller trouver d'autres sources pour obtenir les minéraux essentiels à votre santé.

Exemples d'eau en bouteille Minéraux Dissous Totaux
(en ppm ou mg/litre)
Catégorie
0 ppm Eau Stérile
(ex: pour lentilles cornéennes)
Berg, 10 thousand BC 4-10 ppm Eau de Glacier
Aquafina < 10 ppm Eau Traitée Déminéralisée
(eau municipale traitée)
Tasmanian Rain 17 ppm Eau de Pluie
Dasani 25-35 ppm Eau Traitée Minéralisée
(eau de synthèse)
Nestlé Pure Life (USA) 66-92 ppm Purified Water
(eau municipale traitée)
Eska 85 ppm Eau de Source
Montréal
(Atwater/Charles-J-Des-Baillets)
172 ppm Eau Municipale
Naya 267 ppm Eau de Source
Evian 309 ppm Eau de Source
Perrier 460 ppm Eau de Source
Nestlé Pure Life (CAN) 520 ppm Eau de Source
San Pellegrino 930 ppm Eau Minérale
Vichy Célestins 3350 ppm Eau Fortement Minéralisée

Tableau: Comparaison entre diverses marques d'eau et leur contenu en minéraux dissous.
Laquelle est la plus pure?

Pour en savoir plus:

Goût

Plusieurs consommateurs d'eau en bouteille indiquent qu'ils en boivent parce qu'ils n'aiment pas le goût de l'eau du robinet, notamment à cause du goût du chlore, utilisé pour désinfecter l'eau.

La concentration des minéraux, qui donnent à l'eau son goût, est différente d'un endroit à l'autre. Ces concentrations dépendent de la géologie du sol. Une forte concentration en calcium, en magnésium, en fer, en soufre va modifier grandement le goût d'une eau.

Une solution simple pour éliminer le goût du chlore est de conserver de l'eau du robinet au frigo dans une bouteille ouverte: le chlore s'évapore en quelques heures. On peut également utiliser un pichet filtreur (genre Brita).

Tests à l'aveugle

Le goût de l'eau est par ailleurs une affaire de perception. La présentation et même le nom du produit semblent affecter l'appréciation que l'on a de l'eau.

Lors de multiples tests à l'aveugle, le public a été appelé à donner son appréciation de différents types d'eau. En cachant les contenants, la plupart des gens n'arrivent plus à identifier l'eau du robinet des autres eaux. Assez systématiquement dans ces tests, l'eau du robinet est choisie parmi les plus appréciées, et les eaux peu ou alors fortement minéralisées obtiennent de moins bonnes notes. Mêmes des eaux de luxe vendues à fort prix ne font pas nécessairement de bons scores.

Pour en savoir plus:

Santé, Hydratation, Substitut

De nos jours, l'eau est associée à une bonne santé, à l'activité physique, on boit de l'eau pour se désaltérer mais aussi pour pleins d'autres raisons...

Hydratation

Ces dernières années, on nous a expliqué à quel point il est important de bien s'hydrater, de boire une bonne quantité d'eau tous les jours. Plusieurs ont adopté ce message comme un mantra, on traîne sa bouteille en auto, en promenade en forêt, au bureau.... L'industrie de l'eau embouteillée (qui veut notre bien), reprend cet argument abondamment dans ses publicités et ses sites internet puisqu'il touche une corde sensible, notamment chez les baby-boomers: projeter une image jeune et en santé.

Il faut évidemment éviter d'être déshydraté, mais des études commencent à apparaître remettant en question l'utilité de la consommation de grandes quantités d'eau. Et lors d'exercices physiques prolongés, il faut éviter de boire de l'eau 'purifiée' avec des niveaux très faibles de sodium (comme par exemple Dasani ou Aquafina). Chose certaine, la plupart du temps nul besoin de l'eau en bouteille jetable pour s'hydrater, si on boit de l'eau du robinet ou si l'on apporte une bouteille réutilisable avec soi avec le liquide de son choix.

Pour en savoir plus:

Substitut aux boissons gazeuses

Lorsqu'on regarde les statistiques du marché des breuvages, on voit bien que la consommation des eaux gazeuses a commencé à plafonner vers 1998, et même à décroître légèrement depuis peu. On peut croire que c'est le résultat d'une prise de conscience concernant l'épidémie d'obésité aux USA et ailleurs, et que les consommateurs se tournent de plus en plus vers les breuvages moins sucrés. Mais il est difficile de départager la cause de l'effet, puisque c'est à compter de 1997 que PepsiCo et Coca-cola ont eux-mêmes commencé à envahir le marché avec leur eaux traitées en bouteille. Mais en même temps que l'offre d'eau en bouteille augmente, les prix et les profits chutent. Alors PepsiCo et Coca-Cola se lancent maintenant dans les eaux aromatisées et vitaminées, qui dans certains cas contiennent aussi beaucoup de calories, et des composants aux effets peu étudiés (ex: sucralose). Alors, ces compagnies veulent-elles la santé du consommateur, ou tentent-elles de créer du profit peu importe là où il se trouve dans le marché?

Les embouteilleurs d'eau de source comme Nestlé qui ne produisent pas de boissons gazeuses tirent évidemment profit de la baisse des ventes des eaux gazeuses. À chaque fois qu'une municipalité tente de promouvoir l'eau du robinet au détriment de l'eau en bouteille, ils insistent sur le fait que le choix de l'eau en bouteille ne se fait pas contre l'eau municipale, mais contre les boissons sucrées. Ils accusent les organismes qui veulent bannir l'eau en bouteille de mener le consommateur tout droit vers les eaux gazeuses. C'est plutôt tordu, mais de cette façon ils tentent de projeter une bonne image, et évidemment, ne veulent surtout pas que les profits leur échappent.

Pour en savoir plus:

Eaux minérales

Les distributeurs d'eaux minérales, de leur côté, ont toujours misé sur l'aspect santé de leur produit. En effet jusqu'au milieu du 20ème siècle, on consommait les eaux minérales uniquement pour des fins thérapeutiques et digestives.

Depuis, on a modernisé le discours. Selon la composition en minéraux du produit, on vante telle eau comme digestive, diurétique, favorisant la taille fine, favorisant les os, etc...

Cependant, ces eaux ne peuvent pas être consommées de façon trop régulière: A ce sujet, le Sénat français recommande de changer souvent de type d'eau minérale pour éviter d'absorber de trop grandes quantités des mêmes minéraux.

Pour en savoir plus:

Eaux fonctionnelles

Comme le facteur santé a été un argument utile pour augmenter le marché de l'eau en bouteille, l'industrie tente de continuer dans le même filon. Voyant que les consommateurs sont de plus en plus friands d'aliments avec des propriétés santé (anti-oxydants, oméga-3, fibres, etc...), elle a décidé de s'y mettre aussi. Le segment des eaux fonctionnelles progresse rapidement, et semble promis à un bel avenir. Plusieurs acteurs se joignent d'ailleurs au mouvement, attirés par les profits ... en santé de ce marché. On voit même des produits qui affirment avoir des propriétés surprenantes (eau oxygénée, eau structurée, etc...) (voir section nouveaux produits)

Mais du point de vue de la santé des consommateurs, c'est moins évident. Les fibres solubles dans l'eau n'offrent pas le même avantage que les fibres que l'on trouve dans les fruits. Qu'en est-il de la posologie. Si une personne a une carence en vitamines, n'est-ce pas mieux de prendre un supplément approprié plutôt que d'aller chercher ce qui manque en buvant de l'eau? Quel est l'impact de donner de l'eau vitaminée à des enfants? Qu'elle est la réelle valeur ajoutée de ces produits? Les questions sont nombreuses, et les études qui commencent à sortir mettent en doute les avantages de ces produits.

En conclusion, si la santé vous préoccupe, ce n'est peut-être pas dans la bouteille en plastique qu'il faut la chercher, mais plutôt dans l'exercice et la saine alimentation. Le consommateur qui cherche la solution facile en traînant sa petite bouteille s'assure surtout d'une chose: de la santé financière d'une poignée de géants de l'industrie de l'eau en bouteille.

Pour en savoir plus:

Fraîcheur

"Enjoy the Pure Fresh Taste", nous dit la publicité Dasani. Plusieurs marques nous vantent la fraîcheur de leur produit. Ou est-ce simplement qu'on nous dit que leur eau rafraîchit plus que l'eau du robinet? Difficile en fait encore ici de savoir de quoi l'on parle, sinon d'une perception.

Meilleur avant...

On reste habituellement étonné de voir qu'il y a souvent une note sur les bouteilles d'eau du genre 'consommer avant telle date'. Comme tous les aliments, l'eau peut se dégrader. Même si l'eau en bouteille ne contient (normalement) pas d'éléments pathogènes, elle contient habituellement certaines bactéries. Avec le temps, celles-ci vont se multiplier. De la même façon, certaines études ont démontré qu'après un certain temps, la concentration de certains contaminants chimiques provenant du plastique augmentera.

Temps entre production et consommation

Une autre définition du terme fraîcheur fait référence au temps qui s'est écoulé entre la production d'un aliment et sa consommation. Dans le cas de l'eau en bouteille, dans les meilleurs cas, l'eau, après embouteillage, aura séjourné quelques jours ou semaines en entrepôt ou sur les tablettes avant que vous la buviez. On imagine que l'eau provenant de l'Europe ou de Fiji par exemple passe encore plus de temps dans son contenant.

Et si vous laissez ensuite votre bouteille à la chaleur dans votre voiture, on peut difficilement parler d'un produit frais. (C'est peut-être pour cela que certains constructeurs automobiles ont commencé à offrir comme gadget un petit frigo dans le coffre à gant - aussi inutile que coûteux et polluant). L'eau du robinet quant à elle, séjourne en général peu de temps dans le système d'approvisionnement, surtout quand on sait à quel point nous sommes grands consommateurs d'eau.

Eau fraîche comme dans: eau froide?

Par fraîcheur on signifie peut-être juste que c'est rafraîchissant de boire de l'eau froide? On imagine que c'est pour cela qu'on voit si souvent des sommets enneigés sur le logo des bouteilles: cela fait évoquer le froid, la fraîcheur, et qui dit froid dit pureté, n'est-ce pas?