6. Contrecoups et Campagnes
Depuis quelques années, on assiste à une certaine conscientisation par rapport aux impacts reliés à la consommation
de l'eau en bouteille. Diverses campagnes au niveau local ou national s'organisent. Bien sûr, les groupes
environnementalistes sont de la partie, mais au niveau politique, ce sont les municipalités qui font preuve de
leadership dans ce dossier.
Boycotts au niveau municipal |
Promotion de l'eau du robinet |
Restaurants: Manger et Boire Localement
Boycotts au niveau municipal
Au mois d'août 2008, la ville de London en Ontario a décidé d'interdire progressivement
la vente de l'eau en bouteille dans ses édifices municipaux. Elle était une des premières villes
au Canada à suivre un mouvement qui a démarré en 2007 aux États-unis.
En effet, des villes comme San Francisco
ont déjà banni l'eau en bouteille des édifices municipaux (voir liste ci-contre).
En Europe, haut-lieu de l'eau minérale, des villes comme
Paris, Liverpool, Florence et Rome
ont démarré des campagnes de promotion de l'eau du robinet.
Le U.S. Conference of Mayors
qui représente plus de 1100 maires aux États-Unis, a entériné une
résolution le 23 juin 2008,
qui encourage leurs membres à délaisser les achats d'eau en bouteille par les municipalités, lorsque
possible, et à faire la promotion de l'eau du robinet.
Dans les conseils municipaux, on suggère de servir des pichets d'eau du robinet,
et dans les arénas et les édifices communautaires ont veut accroître l'accès aux fontaines
plutôt qu'aux distributrices.
Au Canada, la Fédération Canadienne des Municipalités,
qui représente 1 775 membres,
a adopté le 7 mars 2009 une résolution similaire,
encourageant les municipalités à cesser
graduellement d'acheter et de vendre de l'eau embouteillée dans leurs installations,
lorsqu'elles en ont la possibilité et que de l'eau potable est accessible.
Ces décisions ont un impact très limité sur les
ventes d'eau en bouteille, puisqu'elles se limitent aux édifices municipaux.
Cependant, ce mouvement déplait énormément à l'industrie,
car il attire l'attention des médias et risque de faire réfléchir les citoyens.
On peut facilement comprendre la position des maires.
Il est effectivement ironique qu'une ville utilise
les deniers publics pour encourager l'achat d'eau en bouteille,
alors que cette même ville est responsable de fournir une eau de qualité à ses citoyens.
Le message envoyé est pour le moins contradictoire.
De plus, ce sont les villes qui sont aux prises avec
les déchets et le recyclage résultant de la consommation d'eau en bouteille
sur leur territoire.
Un peu partout les sites d'enfouissement atteignent leur pleine capacité et il
devient presque impossible de trouver d'autres sites.
Chaque année les villes dépensent plus de 70 millions$ pour disposer des bouteilles en
plastique. Tous ces facteurs, en plus d'un environnement économique difficile, justifient facilement
l'élimination de la dépense pour l'eau en bouteille. Cela permet des économies non-négligeables:
San Francisco par exemple dépensait plus de 500000$ par année juste pour l'achat de bouteilles d'eau.
Canada
Au Canada, plusieurs villes ont suivi le mouvement démarré par London,
ou considèrent le faire. Parmi elles, Toronto, Ottawa et
Windsor. La ville de Québec a récemment annoncé qu'elle considérait
faire de même.
Montréal ne semble pas vouloir suivre pour le moment, bien qu'on affirme
ne pas servir d'eau en bouteille lors des réunions. Sur le territoire
de l'île de Montréal, la municipalité de Beaconsfield a décidé de son côté
de ne plus permettre l'achat et la distribution
d'eau en bouteille plastique sur ses lieux. De plus, elle met en oeuvre une campagne communautaire
qui encourage les citoyens à boire l'eau du robinet plutôt que celle en bouteille jetable,
notamment par la distribution de bouteilles réutilisables.
DÉVELOPPEMENTS RÉCENTS:
Toronto
a décidé, le 3 décembre 2008 de suivre le mouvement en bannissant à son tour l'eau en bouteille
du Civic Center immédiatement et graduellement dans ses autres édifices. Ce faisant, elle devennait
la plus grande municipalité au monde à agir de la sorte.
La Fédération canadienne des municipalités, a adopté au début mars 2009
une résolution
qui encourage ses 1775 membres à cesser graduellement d'acheter
et de vendre de l'eau embouteillée dans toutes leurs installations, lorsque l'eau potable est accessible.
Et plus récemment, la ville de
Québec
a laissé savoir qu'elle allait joindre le mouvement, sans toutefois aller aussi loin que sa consoeur de
London, qui a interdit l'eau en bouteille dans les distributrices, tout en augmentant l'accès à l'eau municipale
dans ses locaux et dans les parcs. La ville a fait savoir qu'elle n'avait pas remarqué une augmentation des ventes
des boissons gazeuses, que certains prédisaient être l'effet négatif des mesures prises paar la ville.
Pour en savoir plus:
Promotion de l'eau du robinet
Plusieurs campagnes sont apparues au cours des deux ou trois dernières années pour restaurer
la confiance dans l'eau des services publics. Encore ici, les villes sont souvent à
l'avant-scène du mouvement, et ont décidé de promouvoir l'eau du robinet de façon active.
C'est le cas de Paris, qui distribue depuis 2005 des pichets distinctifs 'Eau de Paris'
(ci-contre) qui peuvent être utilisés (et réutilisés) par les restaurants et les résidants.
Italie
Quant à Venise, en Italie, on ne peut pas dire qu'elle manque d'eau. Mais elle a également mis
sur pied une campagne
(100% pubblica)
pour que les touristes boivent l'eau des fontaines. Les 18 millions
de visiteurs laissent derrière eux chaque année des millions de bouteilles qui ajoutent
aux maux de tête que cause l'enlèvement des déchets dans cette ville. Depuis l'été 2008
on donne aux touristes une bouteille réutilisable ainsi qu'un plan identifiant l'emplacement
des 122 fontaines situées dans la ville. Les bouteilles donnent l'analyse chimique de l'eau
coulant des fontaines, à la manière des eaux de source.
D'autres villes en Italie font également la promotion active de l'eau du robinet, dont Rome, fameuse
pour ses fontaines, et Florence.
Ces campagnes représentent tout un défi
pour le pays qui détenait jusqu'à 2006 le record mondial de consommation d'eau en bouteille par habitant.
Angleterre
Les campagnes vantant l'eau du robinet ont pris de l'ampleur en Angleterre également.
Par exemple la campagne 'We want Tap' rappelle aux gens
de 'penser globalement, boire localement'. Le maire de Londres a lancé dans le cadre de
la campagne 'London on Tap'
un concours pour le design d'une carafe distinctive pour permettre aux clients des restaurants,
bars et hôtels de commander de l'eau du robinet avec fierté.
En Angleterre, on estime que 25% de l'eau en bouteille consommée a voyagé jusqu'à 16000km pour
rejoindre les consommateurs, produisant 33200 tonnes de CO2 par année.
Cependant, comme les services d'eau ont été grandement privatisés en 1989 sous Margaret Thatcher,
les campagnes de promotion sont souvent des
initiatives provenant de compagnies privées,
qui voient là-bas les producteurs d'eau en bouteille comme un compétiteur.
C'est le cas de la campagne
'Tap Into Water'.
En Amérique du Nord, où la gestion de l'eau est encore majoritairement du domaine public,
les embouteilleurs sont plutôt vus comme une force minant la crédibilité de l'eau du robinet,
ouvrant éventuellement la voie à plus de privatisation.
Australie
L'Australie est aux prises avec de sérieuses sécheresses depuis quelques années.
Les ventes d'eau en bouteille ont augmenté considérablement là comme partout
ailleurs. Pour aider le consommateur a choisir plus souvent l'eau municipale,
de grande qualité, des campagnes ont été mises sur pied.
Par exemple, à Sidney, en plus de ne
plus acheter d'eau en bouteille
aux frais des contribuables, on a commencé à installer des
fontaines nouveau genre dans
les endroits publics.
États-Unis
Aux États-Unis, au niveau national, on retrouve des campagnes similaires.
C'est le cas de la campagne
Think Outisde the Bottle
à laquelle adhèrent un grand nombre d'organismes, de villes et même de restaurants du pays.
New-York
Au niveau municipal, en 2007, New-York a investi 700 000$ en publicité et en distribution
de bouteilles réutilisables, pour une campagne nommée
"Get Your Fill"
vantant les mérites de l'eau du robinet. Ici c'est surtout à cause des tuyaux vétustes que le public
s'inquiète de la qualité de l'eau. Il est intéressant de savoir que New-York est une des 5 villes
aux États-Unis qui ont une dispense fédérale de filtrer leur eau car elle est
naturellement claire et sûre à boire.
Canada
Campagne de la ville de Toronto
Au Canada, Vancouver et Toronto sont au nombre des villes qui font la promotion
active de leur eau municipale. À Vancouver, le programme 'Take the Tap Water Pledge' vise à
réduire les ventes d'eau en bouteille de 20% sur son territoire d'ici 2010.
Au niveau national, la campagne
Inside the Bottle,
est organisée par l'Institut Polaris,
et est appuyée notamment par David Suzuki. Cette campagne s'intéresse entre autres aux
contrats d'exclusivité
qui ont été signés ces dernières années par les collèges et universités, et suggère aux étudiants
de s'impliquer pour offrir une alternative aux eaux embouteillées sur les campus.
Québec
Au Québec, certaines villes ont décidé d'adhérer au
programme d'excellence en eau potable qui vise
à produire de l'eau potable de qualité exemplaire en tout temps, en visant des objectifs plus sévères
que les normes habituellement en vigueur. Cet engagement aussi bien technique que politique fait partie
d'une volonté de ces villes de promouvoir la qualité de leur eau.
Parmi ces villes, Victoriaville, fait figure d'innovatrice depuis qu'elle a fourni
à ses citoyens des grands contenants d'eau réutilisables à placer dans le frigo
(voir vidéo). Elle espère ainsi
renverser la vapeur et réduire à la source l'usage des bouteilles jetables,
alors que 37% de ses résidants achètent de l'eau en bouteille, même si ils
paient déjà avec leurs taxes pour une eau de grande qualité.
Pour en savoir plus:
Restaurants: Manger et Boire Localement
Il est très rentable pour un restaurant d'offrir de l'eau en bouteille
car la marge de profit est importante et aucun permis n'est requis.
Malgré cela, un nombre grandissant de restaurants cessent de promouvoir l'eau en bouteille
au profit de l'eau du robinet.
Jim Wilson/The New York Times
C'est le cas de Chez Panisse,
un restaurant chic de Berkeley en Californie qui a été à
l'avant-garde de la cuisine californienne. Sa fondatrice est une figure connue
du mouvement slow-food et local food. Depuis l'été 2006 le restaurant
a décidé de retirer l'eau en bouteille de son menu, et d'offrir des pichets
remplis d'eau du robinet filtrée ou gazéifiée sur place. Ce geste est
logique, dans la mesure où on peut difficilement 'manger localement' tout
en buvant de l'eau provenant de l'autre bout du monde. 'Drink local' se doit
d'accompagner le mouvement 'Eat local'.
Ces restaurants sont possiblement encore des précurseurs,
qui sait si la consommation d'eau du robinet
au restaurant sera bientôt à la mode?
Canada & Québec
Au Québec, la chaîne de restaurant Pacini
a adopté une approche innovatrice en équipant tous ses restaurants
d'un système de filtration de l'eau, pour fournir à ses clients
de l'eau municipale filtrée servie dans des bouteilles de verre réutilisables. La même solution
est également implantée dans la chaîne 'Le Commensal'.
D'autres restaurants nagent par contre à contre-courant. Prétextant éviter un 'gaspillage d'eau',
un restaurant
'Au Vieux Duluth' de Gatineau ne sert
plus d'eau municipale depuis l'été 2008. Les clients sont
invités à débourser pour avoir droit à de l'eau en bouteille.
Ailleurs
En Suède, la chaîne d'hôtel
Scandic a décidé de ne plus vendre d'eau en bouteille, dans le cadre
d'un programme pour rendre ses opérations plus durables. Elle vendait dans les restaurants de
ses établissements près de 4 millions de bouteilles par an. Cette mesure permettra de couper ses
émissions de CO2 de 160 tonnes.
Unicef et eau du robinet
L'Unicef, de son côté, organise depuis 2007 une semaine de levée de fonds
aux États-Unis pour financer des projets qui visent à fournir de l'eau propre pour
les enfants de par le monde. Pour cette campagne,
appelée Tap Project, on demande aux clients
des restaurants participants de donner 1$ ou plus en retour de la consommation
d'eau du robinet, plutôt que de donner l'argent pour de l'eau en bouteille,
qui profiterait surtout aux multinationales.
En 2008, 2350 restaurants dans 46 états ont participé à l'événement.
Pour en savoir plus: