8. Réactions de l'industrie

Vu la publicité négative qui commence a apparaître au sujet de l'eau en bouteille on comprendra l'industrie de vouloir contre-attaquer.

Légèrement prise de panique, elle tente de présenter au public son côté le plus 'vert', faisant des efforts pour l'environnement, et présentant l'eau comme un choix santé pour les consommateurs (duh). Elle fait du lobby pour limiter les dégâts auprès des élus et des médias, passe des publicités vantant ses mérites.

Les environnementalistes crient au 'greenwashing', et relèvent certaines déclarations pas si lointaines des représentants de l'industrie qui jurent avec la nouvelle image qu'elle veut projeter.

L'industrie s'objecte : Liberté de choix | Breuvage santé | Usage de l'eau | Pourquoi nous? | Déchets et Recyclage

L'industrie s'active : Réduire l'emballage | Bonne image | Modèle pour l'environnement | Promotion du recyclage | Propager son message

L'industrie s'objecte

L'industrie de l'eau en bouteille voit particulièrement d'un mauvais oeil l'action des conseils municipaux, comme London, en Ontario, qui décident de bannir l'achat d'eau en bouteille par les fonds public pour les activités municipales. Bien que ces décisions n'ont qu'un impact symbolique au niveau des ventes, en revanche elles sont largement rapportées dans les médias et génèrent de nombreux articles négatifs qui font réfléchir les consommateurs.

Voyons un peu le genre d'objections que cela suscite.

Objections: Liberté de choix

Les actions des municipalités sont inefficaces

"Nous ne supportons pas la proposition de London (...) car nous ne pensons pas qu'elle va encourager de façon effective la consommation d'eau du robinet et décroître la quantité de déchets dû aux contenants de plastique (...) Simplement enlever l'eau des distributrices et installer des fontaines à côté (...) ne va pas changer le comportement humain."

- Gail Cosman, Président, Nestlé Waters Canada, (communiqué de presse)
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C'est un peu curieux que l'industrie se sente obligée d'émettre un communiqué si elle pense que les mesures prises n'auront pas d'effet! "C'est un peu comme si les papetières déconseillaient d'imprimer recto-verso parce que ça ne réduit pas significativement le nombre de feuilles utilisées." (Ariane Krol, La Presse, août 2008).

Quel comportement humain l'industrie veut-elle changer?

C'est ridicule de voir l'industrie parler de la difficulté de changer le comportement humain. C'est bien cette industrie, qui avec son marketing a fini par encourager les citoyens à craindre leur eau municipale. L'industrie a été très active, dans les écoles notamment, pour signer des contrats d'exclusivité pour installer des distributrices dans les écoles avec ses produits. En utilisant les difficultés financières des institutions à son profit, l'industrie s'assurait de changer le comportement humain des jeunes très tôt, en faveur des distributrices plutôt que des fontaines.

Les votes des conseils municipaux, qui prennent de l'ampleur depuis celui de San Francisco en 2007, sont très efficaces pour démarrer une réflexion dans une communauté, contrairement à l'affirmation de l'industrie. D'ailleurs c'est bien pour cela que l'industrie se montre si inquiète.

Interdire l'eau en bouteille brime le choix des consommateurs

"It's hard to bring your kitchen sink with you. ... To us, it's a matter of choice and a matter of personal preference."

- Scott Tabachnick, porte-parole de Coca-Cola, qui vend la marque Dasani.

"On se croirait en ex-URSS, où c'est l'État qui décide de tout ce que les gens vont consommer, de tout ce qu'ils vont manger"

- Pierre Gagné, président de l'Association
des embouteilleurs d'eau du Québec (AEEQ)
LaPresse Affaires, août 2008
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La réaction des embouteilleurs est disproportionnée dans la mesure où les décisions comme celles de London n'auront pas un grand impact sur les ventes. Cependant il faut voir qu'il s'agit d'une mauvaise publicité pour eux. Dans les faits, ces décisions n'enlèvent en aucun cas le choix aux consommateurs, puisque les municipalités décident surtout d'arrêter d'acheter de l'eau en bouteille aux frais des contribuables dans les édifices municipaux, ce que tout résidant payant des taxes ne peut qu'approuver. La ville de San Francisco par exemple dépensait 500000$ par an pour la fourniture d'eau en bouteille. Du plus, l'usage d'eau en bouteille envoyait un message contradictoire car les municipalités sont les fournisseurs d'une eau de qualité, gratuite, qu'elles se doivent de promouvoir.

Les municipalités qui 'bannissent' l'achat d'eau en bouteille s'engagent également à augmenter l'accès à l'eau municipale dans les arénas et autres édifices, en ajoutant des abreuvoirs (comme il y en avait avant). L'eau en bouteille ne devrait pas être vue comme une solution à un mauvais accès à l'eau municipale dans les écoles, les parcs et les édifices publics. Les résidants pourront toujours également utiliser leur propres bouteilles réutilisables ou pas si ils le désirent.

En fait, l'argument de l'industrie est contraire à la réalité. Souvent les résidants se retrouvent obligés d'acheter de l'eau en bouteille car la seule option disponible se trouve dans des distributrices. Devant un choix réel, on imagine bien que les gens voudraient boire de l'eau gratuite, pure, fraîche, plutôt que de payer pour la version plus chère et plastifiée.

Objections: Breuvage Santé

Risque de retour en arrière vers les boissons sucrées

"60% des Canadiens boivent de l'eau embouteillée tous les jours (...) Ils disent ne pas choisir l'eau en bouteille au lieu de l'eau du robinet (...mais plutôt...) au lieu d'autres boissons avec plus de calories (...)"

- Gail Cosman, Président, Nestlé Waters Canada, (communiqué de presse)

"En l'absence d'eau embouteillée, les consommateurs vont se tourner vers des boissons qui ont une forte teneur en sucre... Les pouvoirs publics prennent donc le risque d'aggraver une question de santé publique, l'obésité."

- Daniel Cotte, président et chef de la direction des Eaux Naya
LaPresse Affaires, août 2008

"Pourquoi ne pas encourager les résidants à consommer plus d'eau, qu'elle soit en bouteille ou du robinet, plutôt que de lui enlever des façons de consommer ce breuvage santé"

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Cet argument revient souvent dans les objections des embouteilleurs d'eau: selon eux, les consommateurs vont se remettre à boire plein de boissons gazeuses s'ils n'ont pas un accès facile à de l'eau en bouteille. Cet argument est servi surtout par Nestlé et les embouteilleurs d'eau de source, des joueurs de l'industrie qui ne produisent pas de boissons gazeuses. Ces derniers luttent contre Coca-Cola et PepsiCo pour prendre des parts dans le marché des breuvages, surtout depuis que ces derniers se sont lancés dans la course avec leurs marques d'eau Dasani et Aquafina.

Attrait des eaux gazeuses?

Est-il vrai qu'en augmentant l'accès à l'eau municipale (pichets servis lors des réunions, fontaines au lieu de distributrices...) les consommateurs vont retourner massivement vers les boissons gazeuses? On peut en douter, si le message santé et la prise de conscience concernant l'obésité est véritablement sérieuse. Un nombre croissant de gens, particulièrement les baby-boomers, choisit consciemment d'éviter les boissons gazeuses, il est peu probable qu'ils changent d'idée même si l'eau en bouteille devenait moins accessible à chaque coin de rue.

L'industrie s'est employée à discréditer l'eau municipale

En fait, les embouteilleurs ces dernières années n'ont fait qu'insinuer que l'eau municipale était moins sûre et moins pure que leur produit, même s'ils savent très bien qu'il n'y a pas de preuves à cet effet. Ils incitent effectivement le consommateur à s'hydrater avec de l'eau, pour autant que ce soit avec leur produit. Pendant des années ces compagnies ont travaillé à miner la confiance des consommateurs envers leur eau publique. On ne peut donc que féliciter les autorités municipales pour leur effort de contre-balancer cette tendance.

Il est clair que les embouteilleurs sont là pour vendre un produit et créer de la valeur pour leur actionnaires, pas pour se préoccuper de la santé de gens.

Objections: Usage de l'eau

L'industrie ne puise qu'un petit pourcentage de l'eau renouvelable

L'industrie est parfois critiquée pour la quantité d'eau qu'elle puise. Pour sa défense, elle met constamment l'emphase sur le petit pourcentage de toute l'eau renouvelable qu'elle capte. Voici des exemples de mentions à ce sujet:

"Annual Bottled Water Production accounts for less than 2/100 of a percent (0.02 percent) of the total ground water withdrawn in the United States each year."

- International Bottled Water Association (site, communiqué)

"Annual bottled water production accounts for less than 1/100 of a percent (0.01%) of the total ground water withdrawn in Australia & New Zealand each year."

- Australasian Bottled Water Institute (site)

"...the production of bottled water accounts for less than 1/100th of 1% of all the water consumed on an annual basis in Canada."

- Canadian Bottled Water Association
(Bottled Water: A Healthy Hydration Choice)

"Les embouteilleurs d'eau de source n'utilisent que 0,08 % du volume total d'eau souterraine capté annuellement au Québec, ce qui équivaut à 0,002 % de la recharge naturelle."

- Association des Embouteilleurs d'eau du Québec
(reportage 1995)

"...tous les utilisateurs d'eau réunis pour l'usage résidentiel, agricole et industriel ne prélèvent que 3% de la recharge (annuelle) de 15 milliards de mètres cube d'eau ... (et) la portion de l'eau embouteillée est de l'ordre de 0.08% du 3%, ce qui est une quantité infime."

- Daniel Colpron, Président, Association des Embouteilleurs d'eau du Québec
(présentation 2003)
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Les critiquent de l'eau en bouteille n'argumentent pas en général contre la quantité d'eau que l'industrie puise globalement.

Le problème vient d'avantage des effets de la captation localement sur une source et sur un bassin hydrographique.

Voici quelques exemples de cas où la captation d'eau ne semble pas aller de source...! (voir les détails sur notre page 'Guerres de l'eau'):

Par exemple, la source originale de Poland Spring, au Maine, est tarie depuis longtemps, et Nestlé s'active continuellement à trouver forer des puits de remplacement, et cela cause de sérieuses frictions avec les résidents de la région. Au Brésil, Nestlé est accusée d'avoir tari une source située dans un parc national, causant un affaissement du sol. En Californie, à Idyllwild, un embouteilleur local a détourné une source ce qui a causé l'assèchement de ruisseaux. Des résidents habitant dans les régions où sont situées des usine de captation ont vu leur puits affectés et ont dû s'opposer vivement au captage (ex: au Texas en 1996, également à Franklin ici au Québec). À Aberfoyle en Ontario, les opposants à Nestlé affirment que le captage de 3.6 millions de litres par jour cause un renversement du flot des eaux du ruisseau Mill Creek. Dans d'autres dossiers, les embouteilleurs reçoivent le droit de continuer de pomper l'eau même en temps de sécheresse, alors qu'on demande aux citoyens de diminuer leur consommation, comme ce fut le cas en Floride ou à Guelph en Ontario. En Californie, Nestlé fait face à une opposition soutenue pour son projet à McCloud, qui aurait donné priorité à l'usine de captation pour une période de 100 ans.

On peut enfin remarquer dans les citations ci-dessus l'étrange copier-coller qui est utilisé pour faire état de l'eau puisée dans des régions différentes. Il semblerait donc que la captation est de 0.01% du volume de la recharge naturelle au Canada, 0.08% au Québec, 0.02% aux USA, et 0.01% en Australie. Pour appuyer ces chiffres on mentionne en général les études faites par le Drinking Water Research Foundation. On mentionne pourtant à d'autres occasions qu'en fait les connaissances sont très incomplètes sur l'état des aquifères et l'état réel de l'eau souterraine disponible, donc ces chiffres doivent être pris avec un grain de sel.

L'eau puisée provient de sources renouvelables et durables

"Not many people realize that natural bottled water comes from fully sustainable sources..."

- Paolo Sangiorgi, managing director of Nestlé Waters UK
(Nestle, Danone, Highland team up to protect bottled water sept 2008)

"Peu importe ce que l'on fait avec l'eau, elle revient toujours dans le cycle de façon perpétuelle... Comme elle est renouvelable rapidement, on ne peut pas parler d'éventuelle pénurie ou de disparition de cette ressource."

- Daniel Colpron, Président, Association des Embouteilleurs d'eau du Québec
(présentation 2003)
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Tout le monde est d'accord avec le fait que toute eau utilisée finit par se renouveler, d'une façon ou d'une autre. L'eau de surface autant que l'eau souterraine est réalimentée par les précipitations. Sur une base globale, il est certain que l'industrie de l'eau en bouteille ne va pas conduire à une pénurie d'eau souterraine. Localement, par contre, cela est possible.

C'est que pour que les affirmations dans ce dossier soient correctes, il faudrait tenir compte du taux de recharge, c'est-à-dire la vitesse à laquelle une source ou un aquifère se remplit. Dans certains cas, ce rythme est très lent, demandant des centaines d'années, voire plus. Alors du point de vue de l'être humain, une telle ressource peut alors être considérée comme non-renouvelable.

C'est le cas, par exemple, de l'immense aquifère (connu sous le nom High Plains, ou Ogallala) se trouvant sous le Texas, dont le niveau baisse inexorablement sous l'effet du pompage intensif, et qui ne suffira plus éventuellement à fournir une bonne partie des États-Unis en eau. À l'échelle plus locale, des sources utilisées pour le captage d'eau se sont taries, comme c'est le cas par exemple de la source originale de Poland Spring, au Maine qui ne produisait plus assez d'eau et a été 'fermée' en 1967.

Il faut donc faire attention lorsque l'industrie de l'eau en bouteille (tout comme toute autre industrie qui puise de l'eau de façon importante) affirme que leur produit provient d'une ressource complètement renouvelable.

Pour en savoir plus:

L'eau en bouteille est le produit de consommation qui requiert... le moins d'eau.

(voir aussi a ce sujet l'encadré ci-contre intitulé 'pommes et oranges'.)

"Bottled water is the most environmentally responsible consumer product in the world"

- Publicité de Nestlé

L'eau en bouteille est le produit de consommation le plus efficace. Combien d'eau utilisons nous? Pour 1 litre d'eau en bouteille, cela prend 1.2 litres d'eau. Pour une portion de tomates, cela prend 11.5 litres...

- International Bottled Water Association,
démonstration de l'efficacité en eau de leur produit
(How much water do we use?)
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Les embouteilleurs aiment bien comparer la quantité d'eau utilisée pour leur produit par rapport aux autres produits de consommation. Par exemple, ils montrent que cela prend environ 1.2 litres d'eau pour faire un litre d'eau en bouteille, alors qu'il en faut 11.5 pour des tomates, 10 litres pour 1 litre de pétrole, 140 litres pour 1 litre de lait, ils indiquent même que cela prend 100 gallons pour laver la voiture!

Efficacité théorique

Si on vous donne une bouteille vide d'un litre et qu'on vous demande d'aller la remplir à une source, vous vous attendrez à ce que vous utilisiez... un litre. C'est logiquement difficile d'être plus efficace! Dans les faits, l'industrie ne peut même pas être aussi efficace. La plupart des gens sont surpris d'apprendre que pour produire un litre d'eau en bouteille, il faut parfois jusqu'à 2-3 litres d'eau supplémentaire pour le fonctionnement de l'usine et des procédés industriels. Puis si on ajoute la fabrication du contenant, le transport, l'élimination après usage, on arrive à une quantité d'eau bien plus grande, alors que le but principal, c'est d'obtenir un litre d'eau pour la boire.

Valeur ajoutée

Maintenant, en bout du compte, tout ce qu'on obtient, c'est bien un litre d'eau à boire, ni plus ni moins. Aucune valeur ajoutée réelle, si ce n'est la perception, pas vraiment vérifiable ni vérifiée, d'une meilleure pureté et d'un meilleur goût. On ne peut évidemment pas comparer la valeur ajoutée de l'eau en bouteille avec celle des tomates, du vin, du blé, et de biens d'autres produits de consommation qui demandent une variété d'ingrédients, qui doivent être cultivés et transformés. C'est évident que ces produits de consommation vont requérir plus d'eau, mais leur valeur nutritive n'est pas comparable non plus!

Quoi comparer alors?

En bout du compte, il est plutôt normal que l'eau en bouteille soit plus 'efficace' pour produire 1 litre d'eau. L'industrie pourrait bien sûr se contenter de comparer son produit aux autres breuvages (comme d'ailleurs elle aimerait que ses critiques fassent quand on parle du prix). Mais alors il faudrait que les embouteilleurs mesurent également le coût de production des nouveaux produits qu'elle introduit pour faire croître le marché, comme les eaux fortifiées, vitaminées, aromatisées, etc... auxquels ont ajoute des édulcorants et autres produits industriels. Ces nouveaux produits nécessairement auront une moins bonne cote.

Objections: Pourquoi nous?

Pas un débat approprié - pourquoi l'eau en bouteille?

"Est-ce que boire de l'eau en bouteille (..venant de Fiji ou des alpes Suisse..) est pire que boire du vin provenant du vieux continent? (...) Devrions-nous bannir tous les breuvages qui viennent de loin (comme la Heineken)? Pourquoi faire une exception pour l'eau?"

- Peter Knight, Ethical Corporation (article)

"Pourquoi veut-t-on limiter l'eau en bouteille et pas le vin, le soda?"

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Ce commentaire boiteux est souvent utilisé pour réfuter les critiques par rapport à l'eau en bouteille. Pourtant, il semble clair qu'il y a une grande différence de valeur ajoutée entre l'eau en bouteille et le vin ou la bière.

Valeur ajoutée, savoir faire

Le vin est le résultat d'un mélange de savoir-faire et de travail patient étalé sur des décennies. De plus, ce ne sont pas tous les pays qui possèdent le climat requis pour produire du vin de qualité. L'eau, de son côté, est d'excellente qualité dans la majorité des pays où l'eau en bouteille est la plus populaire. Quelle est la valeur ajoutée de l'eau en bouteille? On la pompe, on la filtre et on remplit des bouteilles au rythme de millions par année, 24h par jour. La valeur ajoutée ne provient que de son contenant, en plastique. On transforme de l'eau en eau. Le coût de l'eau en bouteille ne provient pas de l'entretien patient de vignes sur des décennies, des aléas de la météo, d'une production artisanale. L'eau en bouteille a ceci de particulier que c'est un des rares produits dont le contenu vaut beaucoup moins que son contenant. Le consommateur paie principalement pour le contenant, son transport et sa mise en marché. Il paie pour son aspect pratique et la perception de pureté.

Alternative

Contrairement à l'eau, rares sont ceux dont le robinet à la maison distribue gratuitement du vin ou de la bière de qualité. L'eau en bouteille, elle, remplace un produit déjà disponible, de qualité, plusieurs centaines de fois moins cher. Votre robinet ne vous suit pas à l'extérieur? Pas de problèmes, avec un effort minime et l'investissement minime d'une bouteille réutilisable. Le consommateur qui décide d'acheter de l'eau en bouteille paie alors surtout pour sa paresse. L'industrie estime que c'est son droit, mais est-ce un bon usage de nos ressources non-renouvelables, et surtout, est-ce que la pollution qui en résulte est acceptable?

Importation et achat local

Les dernières années ont vu beaucoup de discussions sur la valeur de l'achat local. Dans la mesure du possible, et à qualité égale, il vaut mieux acheter ce qui a été produit localement. Cela vaut bien sûr pour la bière et le vin, mais plus encore pour l'eau: vaut mieux consommer l'eau d'une ressource locale par rapport à l'eau provenant du bout du monde, et encore mieux, celle coulant du robinet de la cuisine plutôt que des usines du Vermont ou du robinet municipal de Brampton, Ontario (Dasani).

Commercialisation d'un bien essentiel

Il y une autre différence fondamentale entre l'eau et d'autres produits à valeur ajoutée. L'eau est considérée comme une ressource publique qui ne devrait pas être privatisée. L'eau est essentielle à la vie (certains diront que c'est le cas de la bière aussi!), et tous devraient s'inquiéter de voir des compagnies privées prendre contrôle des meilleurs sources pour en tirer profit. L'industrie a raison lorsqu'elle pointe que les autres utilisateurs qui puisent de l'eau doivent aussi alors agir de manière responsable, et possiblement payer des redevances (nous suggérons que celles-ci soient inversement proportionnelles à la valeur ajoutée du produit résultant).

Risque de pertes d'emplois

"Ce n'est pas le moment de s'attaquer aux embouteilleurs locaux, qui font face à la concurrence américaine et qui craignent de voir des puissances commerciales étrangères comme la Chine envahir ce marché."

- Pierre Gagné, président de l'Association
des embouteilleurs d'eau du Québec (AEEQ)
LaPresse Affaires, août 2008
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Chine?

Contrairement à l'énoncé ci-dessus, il n'y a aucun signe que la Chine veuille envahir le marché de l'eau en bouteille. Au contraire les quatre grands de l'industrie (Nestlé, Danone, PepsiCo, Coca-Cola) investissent massivement pour capturer les marchés asiatiques ainsi que ceux des autres pays en voie de développement, comme elle l'a fait en Amérique du Nord depuis 1976.

L'eau au Canada: déjà une propriété étrangère

Quant à la concurrence à laquelle fait face les embouteilleurs locaux, on peut plutôt parler de prise de contrôle. Cela fait de nombreuses années que l'industrie de l'eau en bouteille au Canada est propriété de multinationales étrangères. Le principal acteur en Amérique du Nord, Nestlé, basée en Suisse, possède aux États-Unis les plus gros vendeurs régionaux (Poland Spring, Arrowhead...), et s'impose avec Pure Life sur les marchés nationaux. Les deux premiers vendeurs, Dasani et Aquafina, sont propriété de Coca-Cola et PepsiCo. Au Canada, les marques Dasani, Aquafina et Nestlé Pure Life sont embouteillées en Ontario. Les marques Naya et Labrador furent la propriété de la française Danone, tandis que l'eau Esker, dans sa première incarnation, fut financée par l'italienne Parmalat, avant qu'elle fasse faillite. Les importations d'eau de l'étranger sont relativement faibles au Canada, et ce sont surtout les profits qui sont exportés.

Au lieu de se plaindre des décisions des municipalités contre l'eau en bouteille, les quelques embouteilleurs locaux devraient plutôt tenter de tirer profit de leur situation locale et du fait qu'ils se concentrent souvent sur la livraison à domicile, avec des contenants à usage multiples, pour présenter un avantage par rapport aux marques multinationales.

Objections: Déchets et Recyclage

Chance ratée d'étendre le recyclage

"Les résidents de London vont conclure que (le bannissement de l'eau en bouteille) est une véritable opportunité qui a été ratée de faire quelque chose de positif pour l'environnement. (...) London a laissé passer une chance d'étendre le recyclage."
("The City had an opportunity to expand recycling outside the home, something other municipal leaders are doing, but instead it ignored the facts and decided to target a healthy consumer choice... This is a move that will cost taxpayers more and do less for the environment.")

- Justin Sherwood, Refreshments Canada, porte parole de l'industrie
(communiqué 1, communiqué 2, commentaire)

"Les municipalités seraient plus avisées de faire des gestes concrets, comme de mettre des contenants de recyclage sur le bord des rues à côté des poubelles, plutôt que de prendre des mesures un peu démagogiques qui n'ont pas d'impact et qui restreignent la liberté de choix des consommateurs."

- Daniel Cotte, président et chef de la direction des Eaux Naya
LaPresse Affaires, août 2008
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Logique absurde

Selon cette logique absurde, boire de l'eau municipale serait mauvais pour l'environnement, parce que cela n'ajoute pas de nouvelles bouteilles dans le circuit du recyclage. Pourtant, c'est bien le dernier des trois 'R' (réduction, réutilisation, recyclage) pour la bonne raison que le recyclage est la moins bonne des façons de préserver l'environnement et les ressources pour les générations futures : il faut autant que possible privilégier d'abord la réduction à la source, et la réutilisation. Le recyclage a un coût non-négligeable pour le transport, le tri, le traitement. Nous avons également vu que le plastique récupéré n'est que très peu recyclé en contenants. Évidemment, le fait pour une municipalité de bannir l'achat d'eau en bouteille ne l'empêche en rien d'améliorer l'accès au recyclage pour ses citoyens, ce que semble affirmer l'industrie.

L'industrie préfère le recyclage à la réutilisation et à la consigne

L'industrie tente de se faire une bonne image en se faisant l'apôtre du recyclage. Elle est même prête à y mettre des fonds, parce que pour elle cela demeure la solution la moins coûteuse et donne l'impression que la consommation d'eau en bouteille est tout à fait acceptable, pour autant que l'on recycle.

L'industrie veut à tout prix éviter d'avoir à gérer ses propres déchets via un programme de consigne (dont l'efficacité nettement supérieure au recyclage est prouvée). Elle joint la parole à l'acte en remplaçant certains types de contenants jusqu'alors réutilisables (bidons de 18 litres) par de gros contenants à usage unique. Ceux-ci sont en théorie recyclables, mais en pratique ils sont tros gros pour être pris en charge par les centres de tri.

100% recyclable ne veut pas dire 100% recyclé

Les portes-parole de l'industrie dans leurs publicités affirment que les bouteilles sont recyclables à 100% et qu'elles sont le produit de consommation de plus recyclé au Canada. Nous avons vu dans les sections précédentes à quel point cette affirmation ne reflète pas la réalité, une majorité des bouteilles finissant au dépotoir, surtout celles consommées en dehors de la maison.

Les bouteilles ne représentent qu'une petite portion des déchets

"Convenience-size water bottles account for less than one-third of one percent of all waste produced in the US in 2005."

- Drinking Water Research Foundation et
The International Bottled Water Association

"Plastic water bottles account for 1/5 of 1% of waste in landfills."

- Canadian Bottled Water Association CBWA FAQ
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Comme tout le monde le sait, on peut faire dire n'importe quoi aux chiffres, surtout si on ne mentionne pas ce qu'ils veulent dire, notamment quels unités sont utilisés. L'industrie accuse ses détracteurs de biaiser les chiffres, alors elle fait de même de son côté:

L'exemple de London, Ontario

Pour illustrer le problème des déchets reliés aux bouteilles à usage unique, il est intéressant de revenir sur ce qui a amené la ville de London en Ontario à poser un geste concret. Voici le compte-rendu qu'en fait le journal Le Devoir:

"L'affaire a débuté en 2005 quand les responsables de la gestion des déchets de London ont fait une découverte surprenante. Les camions à déchets devaient ramasser constamment plus de déchets avec les mêmes camions alors que le poids de leur chargement s'allégeait. Ils ont ainsi découvert que le volume des déchets de cette ville avait augmenté de 60% en cinq ans mais que le poids de ces déchets n'avait augmenté que de 20% durant la même période. Cette augmentation du volume s'expliquait principalement par la multiplication invraisemblable des contenants de plastique qui, même vides, bouffent un espace considérable autant dans les camions à déchets que dans les sites d'enfouissement, avec tous les coûts additionnels que cela impose à la collectivité."

Poids vs Volume

Malheureusement, toute la gestion des déchets se fait sur la base du poids, et non sur le volume. L'apparition des contenants en plastique a permis de réduire la quantité d'emballage du point de vue du poids, mais le volume traité est de plus en plus grand. En poids, la proportion des déchets est faible (environ 3% selon Recyc-Québec), mais le poids total des déchets dans les statistiques inclut les frigos, le métal, les matériaux de construction, etc... En proportion du volume, le plastique prend continuellement plus de place dans nos dépotoirs, et dans les déchets qui jonchent notre environnement.

Marché en mutation, déchets en mutation

Enfin, le marché des breuvages est en mutation: en Amérique du Nord, l'eau en bouteille a dépassé les ventes de tous les autres breuvages (jus, bière, thé, café, lait) sauf les boissons gazeuses. On estime que l'eau en bouteille sera le premier vendeur toutes catégories confondues d'ici quelques années. Les breuvages comme les boissons gazeuses utilisent encore en bonne partie des contenants en verre ou en aluminium, matériaux qui se recyclent à l'infini, contrairement au plastique. En plus, ces contenants sont souvent consignés et même réutilisables (ex: au Québec). L'eau en bouteille, de son côté, utilise presque exclusivement des contenants de plastique à usage unique, non-consignés, qui ont peu de valeur monétaire. Enfin, comme l'eau en bouteille est consommée en grande partie en dehors de la maison, le taux de recyclage est faible.

Les arguments de l'industrie quant à la faible proportion que constitue ses contenants dans les dépotoirs sont donc encore biaisés, destinés à donner au consommateur esprit tranquille. Nos sociétés 'développées' génèrent une quantité phénoménale de déchets, nul besoin d'y ajouter des dizaines milliards de contenants d'eau en plus.

Les bouteilles sont 100% recyclables, et un des produits les plus recyclés

"Even though our PET and HDPE bottles are 100% recyclable, many still end up in the waste stream, because it is not convenient for consumers to recycle them or they do not take advantage of existing recycling systems. Approximately half of all Americans do not have access to curbside recycling pickup at home, and many public places do not have recycling available for people on the go."

- extrait du site de Nestlé Waters North America

"Plastic water bottles are 100% recyclable and are one of the most recycled consumer products in Canada." "In London, PET plastic beverage containers are recycled at a rate of 60% while some cities such as Hamilton, for example, recycle at a rate of 91%."

- Publicité controversée de Nestlé
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Il y un dicton qui veut que si l'on répète une demie-vérité suffisamment souvent et longtemps, elle devient vrai dans l'esprit des gens. C'est le cas avec le plastique, que l'on dit 100% recyclable...

Récupération vs recyclage

Pour être recyclé, un contenant doit d'abord être récupéré. Comme Nestlé elle-même l'admet dans sa citation ci-dessus, environ 50% des Américains n'ont même pas accès à un programme de recyclage. Et même aux endroits où un tel programme est disponible à plus grande échelle (comme ici au Québec et au Canada), il couvre seulement le secteur résidentiel. Le taux de récupération est extrêmement faible en dehors de la maison, à l'extérieur, au bureau ou dans les commerces, là où l'eau en bouteille est consommée le plus souvent. Au Québec, Recyc-Quebec estime qu'en 2008, sur le milliard de bouteilles qui seront consommées, 550 millions se retrouveront au dépotoir.

Statistiques de récupération

Lorsqu'on analyse attentivement le rapport annuel de Recyc-Quebec pour l'année 2006, on peut voir que le taux de recyclage du plastique au niveau provincial est de 17%, ce qui est très loin de l'objectif de 60% visé. La situation est similaire un peu partout en Amérique du Nord, on estime à 16% le taux de récupération des bouteilles d'eau aux États-Unis.

Plastique recyclé: demande faible

En deuxième lieu, ce n'est pas parce qu'une bouteille est récupérée qu'elle sera recyclée. Les centres de tri font face à plusieurs problèmes. La demande pour le plastique recyclé est plutôt faible. Ces dernières années la Chine en achetait une grande part, mais récemment elle ne le fait plus. Le prix à la tonne pour les matériaux recyclés a plongé. De plus, même si les embouteilleurs affirment vouloir utiliser du matériel recyclé pour leurs bouteilles, il faut savoir que, contrairement au verre et à l'aluminium, le plastique se dégrade rapidement et ne peut être recyclé infiniment. Les nouvelles bouteilles ne peuvent contenir qu'un petit pourcentage de plastique recyclé, sinon elles deviennent trop fragiles. L'industrie du plastique explique qu'en général le plastique recyclé est surtout destiné à être transformé en textiles synthétiques. Dans les faits, le cycle de vie du plastique des bouteilles n'est pas fermé: ont a toujours besoin de nouvelles ressources non-renouvelables pour produire de nouvelles bouteilles.

Le meilleur contenant? Celui que l'on ne produit pas

Voilà donc l'argument de l'industrie concernant le recyclage remis dans son contexte. Il faut préciser que le problème des déchets plastique n'est pas unique à l'industrie de l'eau embouteillée, loin de là. Mais dans le cas de l'eau en bouteille, l'alternative est connue, disponible et gratuite. Le meilleur contenant est celui qu'on a pas à produire.

Pour en savoir plus:

L'industrie s'active

L'industrie ne fait pas que réagir aux critiques, bien sûr. Elle commence maintenant à prendre l'impact de l'opposition à l'égard de son produit au sérieux. Certains efforts comme la réduction de l'emballage ou l'amélioration de l'efficacité des usines peuvent être louables, cependant l'industrie se sert également de ces mesures pour faire la promotion de son produit comme étant vert, ce qui tombe dans le 'greenwashing' plus souvent qu'autrement.

Le lobbying de l'industrie est très actif auprès des médias et des décideurs. Comme elle le mentionne lors d'une présentation au Japon en 2008, l'IBWA (International Botted Water Association) "Will devote whatever resources are necessary to provide consumers, the media, legislators, and other opinion leaders with the facts about bottled water"

Nous verrons ci-dessous quelques unes de ces actions.

Action: Réduire l'emballage et les coûts

Uns première action concrète de l'industrie est de tenter de réduire l'emballage. Cela passe par le design de bouteilles qui demandent moins de plastique, avec des étiquettes plus étroites. Ces changements permettent aux compagnies de présenter cet effort louable comme une mesure pour protéger l'environnement (ce qui n'est pas faux), allant cependant même jusqu'a parler de contenants 'eco-friendly', ce qui est nettement exagéré.

Réduction des coûts

En réalité, ces réductions sont aussi et surtout des mesures de resserrement des coûts. En effet, le plastique des contenants est fabriqué avec du pétrole et du gaz naturel, deux ressources dont le prix a explosé ces dernières années. Comme le contenant représente un grosse proportion des coûts de production, il est normal d'essayer de réduire ce coût pour protéger les profits. La concurrence étant très forte dans le marché de l'eau en bouteille, la hausse des prix n'est pas une option.

Nestlé - Bouteille Eco-Shape

En 2007, Nestlé a introduit un nouveau contenant qu'elle nomme 'eco-shape', qui a d'abord été adopté par ses marques Ozarka et Arrowhead, puis graduellement aux autres marques régionales du groupe, ainsi qu'à la marque Nestlé Pure Life.

La nouvelle bouteille pèse 12.4 grammes, comparé à l'ancienne bouteille dont le poids était de 14.5 grammes, soit une réduction de 14.5%. La taille de l'étiquette a aussi été réduite et la couleur a été enlevée du bouchon pour qu'il devienne recyclable.

Dans ses publicités, dont le slogan est 'A little natural does a lot of good', Nestlé insiste plutôt sur le chiffre 30%, qui fait référence au poids de son nouveau contenant comparé à la moyenne de l'industrie (une évaluation qui inclut des contenants de différents breuvages). L'annonce est considérée comme du greenwashing par certains puisque ce n'est pas parce que le contenant demande moins de plastique que le produit dans son ensemble peut être annoncé comme 'écologique'.

Coca-Cola

Clairement, toutes les compagnies font face à la même augmentation des coûts, et réduisent la quantité de plastique dans leurs contenants. En 2007, Coca-Cola a promis de réduire de 7% le plastique requis pour sa bouteille de Dasani, d'ici 5 ans. Il faut noter cependant que, malgré cette amélioration, la couleur bleue des bouteilles de Dasani les rend toujours plus difficiles à recycler.

PepsiCo

De la même façon, PepsiCo a annoncé de son côté en décembre 2008 l'introduction d'un nouveau contenant de 500ml qui requiert 20% moins de plastique, et 10% moins de papier pour l'étiquette. La bouteille d'Aquafina, selon la compagnie, serait passée de 24 grammes de plastique en 2000 à 14.8 grammes à la fin de 2008.

Naya

Au Canada, l'eau Naya (Danone) utilise des bouteilles contient 25% de matières recyclées. (Idéalement il faudrait connaître l'origine du plastique recyclé pour pouvoir évaluer l'impact de cette mesure).

Pour en savoir plus:

Action: Se donner une bonne image

Dons de charité ou pour l'environnement

Il n'est pas rare que des compagnies décident de faire des dons pour des causes qui leur apparaissent importantes ou pour commanditer des événements, par exemple Rio Tinto Alcan qui commandite le festival de Jazz de Montréal.

Dons conditionnels

L'industrie de l'eau en bouteille fait de même, ce qui est son droit, mais s'arrange en général pour lier directement le montant de ces dons à l'achat de leur produit. Le don devient alors une stratégie marketing qui vise surtout à fournir au consommateur un incitatif pour surmonter sa réticence grandissante à boire de l'eau en bouteille. Bref, on tente de donner bonne conscience au consommateur pour contrer la publicité négative croissante entourant le produit.

Dans certains articles sur le sujet, on va même jusqu'à comparer ces opérations aux compagnies de cigarettes qui auraient contribué une portion de leurs revenus à la recherche sur le cancer. Les groupes environnementaux accusent aussi ces compagnies de détourner des événements comme le 'world water day' à des fins commerciales.

Quelle combinaison est la plus 'win-win'?

Certaines marques, comme Volvic et Ethos (PepsiCo), donnent quelques sous par bouteille pour financer des programmes d'accès à l'eau en Afrique. Mais ne serait-il pas mieux, si vous voulez sauvez des vies en Afrique, de ne pas acheter la bouteille d'eau et plutôt boire du robinet et verser la moitié de l'argent sauvé directement à l'organisme? De cette façon, les enfants gagnent, l'environnement y gagne, votre porte-monnaie y gagne, et le gars du marketing se cherche un nouveau job!

  • Ethos (Starbucks & PepsiCo)

    La compagnie Ethos Water, a été créée en 2002 et achetée en 2005 par Starbucks. Le fondateur de cette compagnie, après avoir travaillé en Afrique du Sud, avait le désir de faire quelque chose concernant la crise mondiale de l'eau, et notamment pour aider les enfants autour du monde à avoir accès à de l'eau potable. Le problème, c'est que le moyen qu'il a trouvé pour faire sa part est de se lancer dans la vente d'eau en bouteille, avec tous les impacts environnementaux que cela occasionne.

    Pour financer des projets humanitaires d'accès à l'eau potable, la compagnie verse donc 5 cents pour chaque bouteille vendue. Son but est d'amasser 10 millions$. Cela signifie qu'il lui faudra vendre 200 millions de bouteilles! "Starbucks, avec des profits de près d'un demi-milliard en 2005, pourrait très bien verser 10 millions$ demain matin". Mais selon Ethos, cela serait moins effectif: ils considèrent que les gens qui achètent Ethos deviennent autant d'activistes pour la cause! (vraiment?)

    Le produit, jusqu'à récemment disponible seulement dans les cafés Starbucks, sera disponible de façon plus étendue, grâce à une coentreprise formée avec PepsiCo en Amérique du Nord.

  • Volvic (Danone)

    Dans la cadre d'une campagne de trois mois, Volvic verse un don à l'Unicef pour chaque litre vendu, pour aider à fournir 10 litres d'eau potable à un enfant en Afrique. La campagne 'Drink 1, Give 10' donne l'impression au consommateur que la compagnie est très généreuse, mais en fait, pour chaque litre acheté, Volvic verse 4 cents au programme de l'Unicef.

  • HtoO (Hope to Others) et Biodynamic H2O sont deux autres exemples de produits qui vous incitent à boire de l'eau en bouteille pour la bienfaisance.
    "Together we can change the world... one sip at a time".
  • Naya, au Québec, indique que 1% de ses revenus seront versés pour protéger l'environnement par l'intermédiaire de ses partenaires, le Fondation de la Faune du Québec, et le consortium Echo-Logique. Le site internet de Naya est cependant avare de détails sur les montants donnés annuellement.

Pour en savoir plus:

Action: Se présenter comme un modèle pour l'environnement

Réduction d'impact

En réponse à ses détracteurs, l'industrie de l'eau embouteillée rend public ses efforts, mais tente plus souvent qu'autrement d'induire le consommateur en erreur en affirmant devenir 'carbo-neutre'. L'industrie semble incapable de modestie, mais préfère plutôt porter flanc aux accusations de greenwashing (eco-blanchiment) en faisant des affirmations trop belles pour être vraies.

  • Fiji

    Fiji Water, c'est le deuxième plus important importateur d'eau aux États-Unis. Ses ventes dépassent notamment celles d'Evian. Cette compagnie américaine, qui importe son eau des îles Fiji (situées à 8000km de son principal marché cible), a annoncé en 2008 qu'elle vise à devenir carbo-neutre d'ici 2010 en utilisant des énergies renouvelables et en compensant ses émissions via des projets de conservation.

    L'eau Fiji représente pour bien des gens l'exemple parfait de produit dommageable pour l'environnement. Les bouteilles d'eau doivent parcourir la moitié de la Terre pour atteindre les consommateurs, et on doit ajouter à cela le transport nécessaire pour transporter le matériel pour les bouteilles, qui provient d'Asie. La compagnie vante son produit comme provenant d'un écosystème 'untouched by man', mais l'usine doit fonctionner avec des génératrices diesel. L'eau artésienne de qualité est exportée, alors qu'une partie des habitants de Fiji n'ont pas accès à l'eau.

    La compagnie tente de régler certains de ces problèmes, et on lui donne le mérite de faire une tentative d'évaluation de ses émissions, mais ce n'est pas une raison suffisante pour rendre son produit 'vert', ce qu'elle affirme abondamment sur son site, taxé de greenwashing extrême. L'eau en bouteille de plastique, pour les environnementalistes, ne peut tout simplement pas être un produit écologique.

  • Coca-Cola

    Alors que certaines compagnies veulent devenir 'carbo-neutres', Coca-Cola a annoncé en juin 2008 qu'elle vise à devenir 'eau-neutre' (water-neutral), c'est-à-dire que chaque goutte d'eau qu'elle utilise serait retournée à la Terre, ou compensée à travers des programmes de filtration. On peut comprendre que pour Coca-Cola, l'eau est primordiale pour son business. Selon Time Magazine, elle en a utilisé 290 milliards de litres en 2007, 40% pour le produit comme tel, 60% pour ses procédés industriels et les ingrédients.

    L'annonce a été accueillie avec scepticisme, notamment parce qu'aucun échéancier n'a été mis de l'avant, et le terms 'eau-neutre' lui-même, n'a pas de définition claire.

  • Coca-Cola et WWF

    Coca-Cola a également signé des ententes en 2007 et 2008 avec la World Wildlife Foundation (WWF) pour du financement et pour la conservation de l'eau et la réduction des émissions.

Pour en savoir plus:

Action: Faire la promotion active du recyclage

De nos jours, les contenants en plastique sont utilisés de façon généralisée pour l'emballage. Leur avantage: ils ne coûtent pas cher à produire, ils sont légers et peuvent être moulés dans toutes les formes possibles. Il est essentiel cependant, pour qu'ils soient acceptés par le public, qu'ils soient perçus comme étant 100% recyclables. C'est le message que l'industrie du plastique en général, et aussi celui que nous rappelle constamment l'industrie de l'eau en bouteille.

Cependant la réalité est moins rose, le plastique ne fait pas partie des emballages qui se recyclent aisément. Pour les détails à ce sujet, voyez notre section 'Recyclage et Consigne'.

Ententes avec les gouvernements

Les embouteilleurs encouragent donc le public a recycler, et doivent financer une certaine partie des coûts causés par leurs emballages. Pour éviter que leur produit soit banni ou que la consigne soit imposée, l'industrie, Nestlé en tête, offre de signer des ententes avec les gouvernements pour encourager le recyclage à l'extérieur de la maison, sachant que c'est là que les bouteilles finissent le plus aux déchets.

La Table pour la récupération hors foyer. (Québec)

Voici un exemple d'entente pour le recyclage, signé avec le Québec (Canada). L'organisme créé pour l'occasion (La table pour la récupération hors foyer) a pour but d'aider à financer la mise sur pied de programmes de recyclage à l'extérieur de la maison, notamment dans les municipalités, les aires publiques, les bars, restaurants et hôtels. Parmi les membres on retrouve la société des alcools, Recyc-Quebec, mais aussi l'association des boissons gazeuses, les eaux Naya ainsi que Nestlé. Le président de l'organisme est Daniel Cotte, le président des eaux Danone Naya.

Une occasion de se vanter à peu de frais?

Ces ententes permettent aussi à l'industrie de publiciser et tirer profit de sa contribution au recyclage. Par exemple, suite à la décision de la ville de London, Nestlé Waters Canada fait remarquer que la compagnie et ses partenaires ont signé une entente pour trois ans de 7.2 millions$. La compagnie se garde bien d'indiquer que sa contribution annuelle dans l'entente n'est en fait que de 100 000$. Un bonne partie des fonds pour ce programme vient en fait des contribuables (SAQ, Recyc-Quebec).

Waste Reduction Week - Le double message de Nestlé

Lors du lancement de la semaine de réduction des déchets, à Toronto, en novembre 2008, des centaines d'écoliers ont reçu un sac souvenir contenant une bouteille jetable d'eau aromatisée, gracieuseté de Nestlé Waters Canada, un des commanditaires de la campagne. L'ironie du message n'est pas passée inaperçue par les jeunes élèves. Il s'agit d'un bel exemple de déconnection entre le message de l'industrie, et ses actions réelles, qui visent plutôt à faire le plus d'adeptes de leur produit.

Usines de recyclage

Dans le cas de Coca-Cola, elle a annoncé une cible à long terme visant à recycler ou réutiliser 100% de ses bouteilles de plastique. "We envisage a world in which our packaging is no longer seen as waste, but as valuable resource for future use". En 2007, la compagnie a annoncé un investissement de 60 millions$ pour construire une usine de recyclage pouvant 2 milliards de contenants par an.

Il faut comprendre que les besoins en plastique sont énormes pour ces compagnies, et l'attrait des matières recyclées augmente dans la mesure où la résine vierge devient plus chère. De plus, la résine recyclée est difficile à trouver, car jusqu'à présent la majeure partie du plastique sortant des usines de tri d'Amérique de Nord était envoyée en Chine pour fournir à ses besoins en emballage.

Ce genre d'investissement permettra à Coca-Cola d'avoir accès à des matières recyclées plus facilement. (il faudra suivre comment évolue ce dossier suite à la récession qui frappe)

Contenants Réutilisables et consigne

Les compagnies locales qui font la livraison au domicile et au bureau ont une occasion de jouer une carte plus 'verte'. En effet, la plupart utilisent encore des contenants de 18 litres qui sont réutilisés plusieurs fois. Les opposants à l'eau en bouteille n'ont pas trop porté leur attention vers ce type d'embouteilleur.

Canadian Springs est une de ces compagnies. Elle a décidé de faire le pari de la consigne, en introduisant en janvier 2009 une consigne de 0.25$ sur ses plus petits contenants, à l'image de ses gros contenants réutilisables. Cela représente un virage à 180 degrés, car on accusait la compagnie il y a quelques temps de vouloir introduire des contenants de 18 litres non-réutilisables.

Pour en savoir plus:

Action: Propager son message

L'industrie de l'eau en bouteille est représentée par l'IBWA (International Bottled Water Association) et ses filiales nationales, une association qui fait activement du lobbying auprès des médias et des décideurs. Elle a réalisé depuis quelques temps que les groupes environnementaux commençaient à obtenir un certain succès avec ses arguments présentés via l'internet. L'IBWA a donc ajouté à son arsenal des outils comme des sites internet vantant les mérites de l'eau en bouteille, on la voit également plus souvent participer dans les forums, etc...

L'association semble s'attendre à une lutte difficile. Le nouveau vice président aux communications de l'IBWA, Tom Lauria, a une grande expérience des relations publiques des causes en difficulté, ayant travaillé pour l'Institut du Tabac et même pour l'Alliance Nord d'Afghanistan, au lendemain de 9/11.

Sites Internet

Voici quelques exemples de sites internet mis sur pieds par l'industrie pour répondre à ses critiques:

  • Enjoy bottled Water

    Ce site tout récent est piloté par une organisation de lobbying en faveur de la libre entreprise et d'un gouvernement minimal. Elle milite pour la liberté de choix du consommateur, qui doit primer sur l'intervention gouvernementale.

    Le site propose notamment un clip expliquant que la bouteille est le meilleur moyen d'offrir de l'eau aux nécessiteux, et présente des images de marines distribuant de l'eau. "Nous sommes fiers que [des bouteilles ont pu être offertes] aux victimes de tragédies, comme les attaques terroristes du 11 septembre 2001, de l'ouragan Katrina et du tsunami de 2004 en Indonésie."

    La rédactrice du site, Angela Logomasini, est une employée du Competitive Enterprise Institute, qui nie également le réchauffement global et se fait l'avocat du droit à l'entreprise de produire et vendre n'importe quel produit peu importe son impact.

    Un des ses analystes, Alexander Volokh, suggère même que fumer devrait faire partie des devoirs du citoyen.

  • Natural Hydration Council

    Ce site, ouvert en septembre 2008, vise à "fournir de l'information et des conseils aux chercheurs, au gouvernement, à l'industrie, aux medias et au public à propos de la valeur et de l'impact social et économique de l'eau en bouteille." Le site indique que le 'council' est une organisation sans but lucratif dont les membres fondateurs sont ... Danone Waters (UK & Ireland), Nestlé Waters UK et Highland Spring.

    Avec cette bienveillante assurance d'objectivité scientifique, on nous présente toute une série de nouvelles biaisées en faveur de l'eau en bouteille. Par exemple, en octobre 2008, on pouvait lire une capsule indiquant que le recyclage des bouteilles en plastique était une histoire à succès en Angleterre, puisqu'en 2007, 35% des bouteilles avaient été recyclées! Impressionnant.

  • Bottled Water Matters

    Ce site datant de 2006 est l'oeuvre de l'International Bottled Water Association.

Pour en savoir plus: