Les Protagonistes
L'industrie de l'eau en bouteille est contrôlée principalement par quatre gros acteurs : Nestlé et Danone,
deux multinationales basées en Europe, ainsi que Coca-Cola et PepsiCo. Il est utile de faire les présentations:
Nestlé
Nestlé, c'est la plus grande entreprise de transformation alimentaire au monde.
Sa division Nestlé Waters est le plus gros joueur dans le domaine de l'eau en bouteille.
C'est le groupe Perrier, racheté en 1992 par Nestlé, qui a conquis le marché
américain à partir de 1976 en introduisant la marque Perrier, puis en achetant
une série d'embouteilleurs d'eau de source dans toutes les régions du pays.
Nestlé contrôle présentement environ le tiers du marché américain.
Le portfolio de la compagnie contient donc des marques nationales prestigieuses
comme Perrier, Vittel et San Pellegrino, en plus de marques régionales d'eau
de source parmi les plus vendues.
Nestlé est d'abord et avant tout un embouteilleur d'eau de source.
Mais à la fin des années 90 elle a vu l'entrée sur le marché de Coca-Cola et PepsiCo
avec leurs marques d'eau traitée Dasani et Aquafina (provenant de réseaux municipaux),
qui ont rapidement pris les positions de tête au niveau de ventes.
Nestlé a répliqué en 2002 avec Nestlé Pure Life
qui est également une eau traitée vendue en grandes surfaces.
Recherche de nouvelles sources: source d'affrontements
Pour répondre à l'augmentation de la demande, Nestlé a entrepris en 1999 de doubler
sa production. Comme il reste peu de joueurs indépendants à acheter, Nestlé doit
constamment rechercher de nouvelles sources. Le mode d'opération pour ce faire semble
suivre un pattern qui se reproduit partout au pays, et qui tourne presque toujours
en affrontements avec les citoyens des régions concernées.
La plupart du temps, Nestlé identifie une source située hors des centres, près de petites communautés.
Ces dernières n'ont souvent pas l'habitude de négocier des contrats
aux nombreuses implications avec une multinationale.
La compagnie s'entend souvent en secret avec des membres du conseil municipal, fait
miroiter l'apport de revenus de taxation et des emplois qui souvent ne se concrétisent pas.
Lorsque le public est informé du projet, il est déjà presque trop tard. Des comités
de citoyens se forment pour demander plus de transparence ou pour demander une révision
du projet. Invariablement la communauté se retrouve divisée, car d'autres citoyens,
attirés par les promesses d'emplois et de développement sont en faveur du projet.
Nestlé tente souvent d'amadouer la population en offrant des fonds pour des écoles
ou des oeuvres de charité, mais elle admet ouvertement que sa générosité doit
lui permettre d'avoir un retour sur investissement (voir encadré 'Nestlé vs Philantropie')
Contestations devant les tribunaux
Plusieurs des projets de Nestlé finissent par être contestés devant les tribunaux.
Même si les citoyens votent pour s'opposer à un projet, Nestlé va faire fi de l'avis
de la population. Elle a les moyens de poursuivre sur la voie judiciaire et d'aller d'appel en appel
pour miner la santé financière des opposants pour gagner sa cause. (Voir le cas
de Fryeburg, ci-dessous).
Malgré tout, Nestlé commence à subir des revers de plus en plus fréquents.
Boycotts contre Nestlé
Il faut mentionner que Nestlé, au niveau mondial, est une des compagnies les plus
critiquées et fait l'objet de nombreux boycotts. Le contentieux principal est relié
à sa division des préparations de lait maternisé. De nombreux organismes
accusent la compagnie de ne pas respecter le code de conduite de l'Organisation
Mondiale de la Santé (OMS). En effet Nestlé fait une promotion agressive de ses produits
pour les nouveaux-nés dans les pays en voie de développement, là-même où l'eau
potable est souvent polluée et impropre è la consommation. Utilisée pour faire
le mélange, serait la source de maladies et décès évitables. On accuse
la compagnie de continuer à miner la crédibilité de l'allaitement naturel
dans ces pays, en fournissant aux hôpitaux des cargaisons de produits et en faisant de la publicité
à la télévision.
Coca-Cola
Coca-Cola est sûrement la plus connue des protagonistes de l'eau en bouteille.
Contrairement à PepsiCo, Coca-Cola opère seulement dans le domaine
des breuvages et des boissons. C'est en 1999 qu'elle devient un acteur majeur
dans l'eau en bouteille avec l'introduction de Dasani. Elle avait précédemment
tenté sans succès l'expérience avec quelques marques d'eau de source, et elle
avait notamment distribué la marque Naya.
Producteur de sirops
L'activité principale de Coca-cola consiste surtout à produire des sirops
pour les boissons gazeuses qu'elle vend à des embouteilleurs indépendants
partout au monde. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'eau en
bouteille ne cadrait pas trop avec son mode d'opération, puisqu'il n'y avait pas
de sirop à vendre aux embouteilleurs. La solution fut trouvée avec
Dasani: les embouteilleurs du produit purifient l'eau au point d'enlever
tous ses minéraux, pour ensuite y ajouter un mélange pré-établi de minéraux
fourni par Coca-Cola, et qui permet au produit d'avoir le même goût partout.
Critiques en Inde
Coca-Cola, comme producteur de boissons gazeuses, est présent partout,
son logo est un des plus connus au monde. Ses opérations dans plusieurs
pays soulèvent la critique, en tant que symbole de la malbouffe américaine.
En Inde cependant, la compagnie fait l'objet de contestations répétées,
elle est tenue responsable de l'épuisement de nappes d'eau souterraine.
Elle a d'ailleurs été expulsée par deux fois (en 1977 et 2003). (Voir détails
plus bas). Malgré tout, elle parvient toujours à reprendre le marché. Par exemple,
ces dernières années la marque d'eau en bouteille Kinley qu'elle détient
augmente ses ventes au rythme de 30 à 40% annuellement.
Dasani en Angleterre
En Angleterre, Coca-Cola a raté son coup en tentant d'introduire Dasani
en 2004. Son manque de transparence quant à la provenance de l'eau, ainsi
que la découverte d'une contamination au bromate, un produit cancérigène,
l'a forcé à battre en retraite et à retarder son entrée dans le reste de l'Europe.
PepsiCo
PepsiCo, est la 3eme entreprise de transformation alimentaire au monde.
Bien entendu, elle produit la fameuse boisson gazeuse qui tente
depuis toujours de gagner des parts de marché contre Coca-Cola.
Ses marques incluent aussi Frito-Lay, Tropicana et Quaker Oats.
PepsiCo a déjà été propriétaire de chaînes de restaurants comme PFK et Pizza Hut.
C'est en 1994 que PepsiCo arrive à s'implanter dans le marché de l'eau en bouteille
avec Aquafina. La marque devient nationale en 1997 et s'implante
graduellement dans les autres pays. Depuis, la compagnie a ajouté
des eaux aromatisées et vitaminées à son offre, mais essentiellement
c'est avec l'unique marque Aquafina qu'elle génère ses revenus dans
ce secteur.
Comme la captation de l'eau nécessaire à son eau en bouteille se
fait à partir des réseaux municipaux, et partage souvent les usines
d'embouteillage de ses eaux gazeuses, les opérations de PepsiCo
soulèvent moins d'opposition. On retrouve certaines critiques
au niveau international (notamment lorsque PepsiCo a fonctionné
en Birmanie sous le régime dictatorial), mais rien d'aussi
virulent qu'avec Coca-Cola.
Danone
Danone est l'entreprise la plus petite du quatuor. Basée en France, elle oeuvre surtout
dans le domaine des produits laitiers, des biscuits et des produits céréaliers, et
de l'eau embouteillée. La plus connue de ses marques est Evian.
Danone a déjà eu des activités importantes en Amérique du Nord, mais depuis elle
a abandonné ce marché pour se concentrer sur les pays émergents. Elle est très
présente au Mexique et en Asie (Inde, Chine, Indonésie).
En 2002, Danone signait une entente avec Coca-Cola pour créer une entreprise conjointe
(Coca-Cola Danone Waters ou CCDA) pour produire et distribuer ses produits aux États-Unis.
L'aventure se termina dès 2005 avec le rachat des parts par Coca-Cola. Au Canada,
le groupe Danone a fait l'acquisition de plusieurs marques dont Labrador en 1996 et Naya en 2000.
En 2006 Danone revend sa filiale canadienne et quitte ainsi le marché nord-américain.
Les critiques semblent moins nombreuses contre Danone, son dossier social et environnemental
semble généralement bon. Au Québec cependant, Danone semble avoir usé de méthodes controversées
similaires à celles de Nestlé dans le dossier de l'eau de Franklin (voir plus bas).
Pour en savoir plus:
Les Contestations
États-Unis
Aux États-Unis les contestations contre le captage de l'eau pour embouteillage sont nombreuses.
La plupart du temps, les opposants font face à Nestlé, qui domine le marché avec des
ventes de 3.567 milliards (2006), et dont les pratiques sont de plus en plus décriées.
"Les citoyens et les politiciens commencent à prendre conscience que le prix pour
l'environnement et la qualité de vie en accueillant un embouteilleur comme
Nestlé surpasse bien souvent les bénéfices économiques escomptés."
(ref: Regard sur l'industrie de l'eau embouteillée en Amérique du Nord, p.14)
Nestlé doit constamment trouver de nouvelles sources pour alimenter sa croissance.
L'entreprise fait face à des batailles juridiques dans six États.
Certaines de ces contestations visent à empêcher l'implantation d'une usine ou l'attribution
d'un permis, d'autres impliquent des usines déjà construites.
Souvent, au départ la contestation à pour cause des raisons locales: pompage excessif,
peu d'emplois créés, processus manquant de transparence, pas d'évaluation des impacts
sur l'environnement, augmentation du trafic des camions sur des petits chemins
de campagnes, etc.. Puis à la faveur des luttes qui se poursuivent sur de nombreuses années,
les contestataires se rendent compte que la même chose se déroule partout au pays et ailleurs.
On prend alors conscience que le combat porte également sur le principe de l'eau comme bien public:
l'industrie est-elle en train de privatiser l'accès à l'eau
un peu partout, une source à la fois.
Californie - Projet d'usine à McCloud
Ce projet d'une
méga-usine de pompage
soulève les passions dans la ville de McCloud, au pied du mont Shasta, en Californie.
En 2003, les citoyens se retrouvent devant un fait accompli, le conseil venant de signer un contrat
exclusif de pompage d'une durée de 100 ans avec la multinationale Nestlé.
Le contrat signé en secret contient un grand nombre de lacunes: on ne prévoyait aucune augmentation
des redevances sur la durée de 100 ans, aucune étude d'impact sur l'effet des 600 voyages de camion par jour,
aucun monitoring de l'impact de la captation sur les cours d'eau alimentés par la source, emplois non-garantis
pour les locaux, etc...
Un comité d'opposition fut lancé, mais comme cela se produit partout, une partie des habitants
approuve le projet espérant décrocher un possible emploi dans la future usine. Devant la polémique
qui prend des proportions nationales, Nestlé fini au début de 2008 par réduire l'ampleur de son projet,
puis annonce plus tard qu'elle accepte de reprendre les négociations à zéro.
Le cas McCloud est maintenant fréquemment utilisé comme
référence
pour les citoyens qui se
demandent si une future implantation dans leur région peut être bénéfique.
Pour en savoir plus:
Californie - Pompage et comportement sauvage à Idylwild
Après avoir remarqué en 1998 qu'un ruisseau local s'était asséché, un randonneur suspecte que son voisin
avait commencé à capter de l'eau pour usage commercial. Le reste de l'histoire qui s'étira jusqu'en 2003
devint alors très laid à Idylwild. Une histoire à lire
absolument dont le dénouement laisse perplexe.
Pour en savoir plus:
Maine - Projet de station de chargement pour Poland Spring à Fryeburg
Au coeur de l'affaire Fryeburg,
Nestlé, qui possède déjà une usine d'embouteillage
sous la marque Poland Spring dans la région.
Poland Springs est le 3ème plus gros vendeur aux États-Unis, mais la source originale
est fermée depuis longtemps. Étant donné l'augmentation fulgurante
des ventes, Nestlé doit constamment
chercher de nouvelles sources
pour approvisionner son usine.
À la source de ce conflit, le désir de Nestlé de forer un nouveau puits
dans la ville de Denmark, et d'acheminer l'eau vers une station de chargement située dans un
quartier résidentiel de Fryeburg. De là, quatre camions par heure (35000 voyages
par année) chargeraient l'eau pour aller alimenter l'usine existante.
Après avoir dit oui initialement,
la ville décide de changer d'idée à cause des impacts sur la ville (bruit, trafic, pollution).
Nestlé poursuit et va en appel 5 fois (ayant perdu sa cause 4 fois pour le moment),
et tente d'intimider les opposants, qui se retrouvent maintenant endettés
par les frais encourus. Il s'agit d'un des cas extrêmes de poursuites judiciaires
dans ce genre de dossier, Nestlé refusant de laisser tomber après avoir perdu
en cours, et après que les citoyens eurent voté contre le projet par référendum.
Un nouveau front s'est ouvert en 2008, alors
que la ville de Denmark tente de son côté de faire annuler le permis d'extraction.
Pour en savoir plus:
Maine - Nestlé poursuivie pour fausse représentation
L'image de Poland Springs, qui fut longtemps une marque locale jusqu'à son rachat par Nestlé,
a été ternie ces dernières années. En fait foi cette poursuite judiciaire datant de 2003,
qui soutient que Nestlé a trompé les consommateurs en prétendant que l'eau
Poland Spring provient de sources situées dans les profondeurs des forêts du Maine.
La source originale de Poland Spring ne coule plus depuis 1967.
Certaines des sources aujourd'hui en opération sont en fait entourées de stationnements asphaltés.
De plus, la Nestlé procède à une filtration de l'eau, et pompe son eau du sous-sol,
ce qui ne serait pas permis pour vendre une eau comme eau de source.
En 2003, Nestlé, sans admettre aucune des allégations, accepte de payer 10 millions$
pour mettre fin à la poursuite.
Pour en savoir plus:
Floride - Nestlé accusée de pompage excessif dans un état en proie aux sécheresses
Les Crystal Springs, en Floride, alimentent la rivière Hillsborough qui
à son tour fourni l'eau potable pour la région de Tampa.
Nestlé y embouteille sa marque Zephyrhills.
Depuis qu'elle a fait l'acquisition de l'usine d'embouteillage
en 1987, Nestlé a augmenté sa capacité de production. En 2000-2001,
alors qu'une sécheresse sévit dans la région, Nestlé tente de faire augmenter
le volume de son permis de captage de 1,1 à 6,8 millions de litres
par jour. La compagnie pendant ce temps continuait à pomper l'eau au même rythme malgré
l'aggravation de la sécheresse, alors que les résidants devaient diminuer
leur consommation d'eau.
La compagnie avait déjà choqué la population en 1996 lorsqu'elle
avait fermé l'accès à la source et à la réserve qui l'entoure. Les Crystal
Springs font partie d'un ensemble de sources et de lagunes qui
fournissent biodiversité et aires récréatives depuis qu'une réserve
y a été créée dans les années 1910.
Dans le comté de Madisson, Nestlé a obtenu un permis pour pomper l'eau qu'elle désire
d'une source située dans un parc national, le tout sans taxes ni redevances, sauf pour
le prix du permis: 230$, valide jusqu'en 2018. Alors que la Floride est en dispute avec
les états voisins concernant l'usage de l'eau, elle est accusée de la donner à une
compagnie privée. Nestlé affirme que les Floridiens devraient être reconnaissants,
que c'est un bon deal pour l'état.
Pour en savoir plus:
Floride - Nestlé veut faire taire une publicité vantant l'eau municipale
Sur un autre front, Nestlé menace de poursuivre le comté de Miami-Dade après que
ce dernier ait lancé une campagne à la radio faisant la promotion de l'eau du robinet
comme étant moins chère, plus pure et sûre que l'eau en bouteille.
Pour en savoir plus:
Michigan - La cour ordonne à Nestlé de cesser de pomper de l'eau
Nestlé perd des batailles, mais jamais la guerre, semble être la conclusion
à tirer de cette histoire. En 2000, les résidants du comté de
Mecosta, au Michigan,
sont alarmés par les plans de bâtir une usine d'embouteillage.
Nestlé affirme qu'elle ne ferait jamais rien pour nuire à une nappe d'eau
souterraine, mais il semble que c'est ce qui est arrivé dans ce cas. Après
avoir revu les dommages causés au bassin versant par le pompage excessif
un juge a ordonné à Nestlé de cesser le pompage immédiatement.
Puis la compagnie a fini par faire accepter qu'elle poursuive le
pompage à un rythme moindre, et a réussi à obtenir des permis de pompage
supplémentaire un peu plus loin.
De façon générale, le Michigan, voisin des Grands Lacs, semble être
un lieu de prédilection pour les batailles concernant l'usage de l'eau,
dans lesquelles Nestlé figure régulièrement.
Pour en savoir plus:
Texas - Nestlé remporte le droit de pomper sans considération pour les autres
Nestlé puise de l'eau au Texas pour sa marque Ozarka, achetée en 1987. En mars
1996, la compagnie, alors connue sous le nom de Groupe Perrier, commença des
opérations de pompage de 340 000 litres d'eau par jour de la source
Rohr Springs à Big Rock au Texas. À peine quelques jours après le début
des opérations, des familles voisines notent que le niveau de leur puits est sérieusement
réduit. Ils finissent par poursuivre la compagnie pour atteinte à leur puits,
et la poursuite se rendit jusqu'en cour suprême.
Alors que certains états ont une législation qui autorise la captation
d'eau selon une règle d'usage raisonnable (rule of reasonable use),
au Texas il existe une loi datant de 1904 appelée règle de capture (rule of capture)
qui permet essentiellement à un propriétaire de pomper une quantité illimitée
d'eau souterraine, même si cela affecte les puits voisins. (La règle est aussi
connue sous l'expression "the biggest pump wins"). Dans leur
contestation les résidants demandaient à ce que la règle d'usage raisonnable
soit utilisée, mais la cour donna raison à Perrier, en maintenant l'ancienne règle
de capture. La cour reconnut cependant le droit des citoyens de demander à ce
que les ressources soient protégées, mais que les changements requis devaient
être apportés par la législature et non par le système judiciaire.
Pour en savoir plus:
Aquafina, Dasani - P.W.S.?
Sans faire l'objet de batailles judiciaires, certains trouvent que l'industrie ne donne pas
l'heure juste quant à la nature du produit qu'ils embouteillent. Parfois la pression
est assez forte pour faire en sorte que l'étiquette soit changée.
Prenez par exemple Aquafina (PepsiCo) et Dasani (Coca-Cola).
Ces deux produits proviennent en
fait des eaux municipales d'endroits différents selon où vous achetez le produit.
À la suite des pressions d'un groupe nommée 'Corporate Accountability International',
PepsiCo a décidé fin 2007 de changer ses étiquettes aux USA pour
écrire 'Public Water Source', alors qu'elle se
contentait jusque là d'utiliser l'abréviation P.W.S. Le groupe tente d'obtenir le même résultat
avec Dasani. Au Canada, les étiquettes indiquent de quelle municipalité l'eau provient.
Quant à Nestlé, elle a décidé de faire de même pour sa marque Nestlé Pure Life aux États-Unis,
où le produit est soit de l'eau municipale ou de l'eau tirée d'un puits.
Pour en savoir plus:
Nestle - Eau de source, vraiment?
Nestlé par ailleurs vend surtout de l'eau identifiée comme 'eau de source'. Cependant dans
plusieurs des cas, il ne s'agit pas de sources, mais de puits. Depuis 1995, la FDA aux USA a
autorisé l'utilisation du terme 'eau de source' pour l'eau tirée d'un puits, pour autant que
la composition de l'eau soit la même que la source. Mais la plupart des marques d'eau de
Nestlé proviennent en fait de plusieurs puits différents, situés dans certains cas
dans des états séparés. Par exemple, Arrowhead ne provient plus de la source originale
située dans les montagnes de San Bernardino, mais plutôt de 13 sources différentes,
dont une située au Canada. Nestlé ayant acquis plusieurs des gros vendeurs régionaux,
elle se permet même parfois d'embouteiller deux marques en principe associées à
des régions différentes dans la même usine (ex: Deer Park et Zephyrhills).
Sous ces conditions, il est peu probable que la composition de l'eau soit la même
partout, et donc l'étiquetage des produits en tant qu'eau de source
apparaît de moins en moins acceptable.
Pour en savoir plus:
Contestations - Canada
Ontario - Nestlé contestée lors du renouvellement de ses permis
Les citoyens ont récemment commencé à s'opposer aux renouvellements de permis, dans la région
de Guelph. La ville de Guelph demande à ses résidants d'être conservateurs dans leur usage
de l'eau, mais en même temps Nestlé peut continuer à pomper 3.6 millions de litres par
jour pour la mettre en bouteille de plastique.
En particulier Nestlé Canada a fait application pour renouveler un de ses permis et accroître le volume
pour l'embouteillage à son usine d'Aberfoyle en Ontario, qui est maintenant vendue sous le nom
Nestlé Pure Life au Canada. À la suite d'un processus de décision prolongé et une opposition
importante des résidents, le permis fut accordé pour deux ans, sans augmentation du volume.
Pour en savoir plus:
Quebec - La saga Franklin (Danone / Labrador / Aquaterra - 1996-1999)
Cette histoire met en scène les ingrédients habituels, soit une multinationale qui fait des
démarches pour trouver une source, et obtenir l'autorisation d'y pomper de l'eau.
Cette fois-ci, l'acteur principal est Danone et l'endroit visé est la municipalité
de Franklin, située près de la frontière américaine.
L'histoire
démarre avec des tests de pompage. Des citoyens remarquent un effet immédiat
sur leur puits. Le dossier fait surface au conseil municipal, et les résidents se rendent compte
que le dossier est avancé, des négociations secrètes ayant déjà eu lieu entre Danone,
des élus municipaux et les propriétaires terriens visés par la captage. La compagnie
promet des emplois (dont le nombre passera de 150 à 50), et tente d'obtenir
un traitement accéléré du processus menant à l'autorisation du captage, par des études
hydrologiques faites à distance.
Le tout vire en lutte acrimonieuse entre les citoyens pour et contre le projet, et les élus.
Les séances du conseils semblent truquées, l'intimidation est de mise,
et le futur maire fait même des menaces de mort à un citoyen.
Pour rendre cette saga encore plus passionnante, l'aquifère est en grande partie
situé du côté américain, tout proche, et quelques 30 millions de pneus sont entreposés
sur une des zones de recharge de la nappe, près de Saint-Antoine-Abbé.
En juillet 97 Aquaterra/Danone se retire du projet de captage, mais on entend parler de démarches
pour faire le captage du côté américain. On notera qu'il y a également
captage d'eau souterraine pour fins d'embouteillage dans la municipalité voisine de
Hinchinbrooke (à Athelstan plus exactement). La compagnie AquaNature (les fermes Athelstan)
a vendu en vrac l'eau qu'elle capte à... Danone-Aquaterra.
Dix ans plus tard, le dossier est toujours actif alors qu'une autre entreprise,
Les Vergers Leahy, a relancé le projet de captage pour embouteillage à Franklin.
Pour en savoir plus:
Contestations - Ailleurs
Des contestations comme celles qu'on voit en Amérique du Nord apparaissent un peu partout
sur la planète, et risquent d'être très fréquentes avec l'augmentation de la consommation
dans les pays en voie de développement. Voici deux exemples:
Brésil - Nestlé accusée d'avoir asséché une source dans un parc national
Au Brésil, où Nestlé embouteille sa marque Pure-Life, l'entreprise est accusée d'être responsable
de l'épuisement d'une des principales sources (la Magnesiana) du parc national Itatiaia et du tassement
irréversible du terrain. D'autres sources
du parc ont vu leur composition minérale changer. Plusieurs associations de commerçants et hôteliers
de São Lourenço accusent Nestlé d'avoir été une des causes principales de la chute importante
du tourisme qui venaient pour les qualités médicinales de l'eau. Nestlé réfute toutes les allégations,
mais refuse qu'une expertise indépendante soit menée. Suite au mouvement de protestation
citoyen démarré en 2002, un procès est intenté, et Nestlé fini par signer un accord en 2006
pour cesser ses activités de pompage.
Pour en savoir plus:
Inde - Coca-Cola expulsée du pays à répétition
Nulle part ailleurs mouvements de contestations contre le pompage de l'eau
n'ont-ils été aussi importants qu'en Inde. En fait Coca-Cola a été expulsée du pays
en 1977, et à nouveau en 1993. À chaque fois, l'histoire se répète. La compagnie puise
de l'eau au détriment des nappes phréatiques, et pollue les eaux et terres
environnantes par ses rejets. Tout cela pour produire des boissons
gazeuses sucrées: il faut 9 litres d'eau pour en produire 1 litre.
La population qui peine à s'approvisionner
en eau est sérieusement affectée et organise des mouvements de protestations
qui sont parfois réprimées dans la violence.
Dans la ville de Plachimada, dans l'État de Kerala,
l'entreprise est devenue la cible de manifestations de fermiers et de villageois
l'accusant d'assécher la nappe locale. En février 2004, le gouvernement local annule
son droit de captage. À peu près au même moment, un comité parlementaire du gouvernement indien
affirmait que les boissons Coca-Cola embouteillées sur place contenaient des taux élevés de pesticides.
Malgré cela, Coca-cola n'abandonne pas la partie. Les affaires sont même florissantes.
Coca-Cola comptait avoir conquis 40% du marché Indien de l'eau en bouteille en 2002, via sa marque
d'eau
Kinley.
Pour en savoir plus:
Australie - Sécheresse et captage d'eau
L'Australie est en proie à des sévères sécheresses depuis des années. L'industrie de l'eau en bouteille
y est de plus en plus florissante, comme partout ailleurs. Mais cela engendre des frictions entre les
différents usagers de l'eau.
L'eau étant rare, plusieurs protestent contre le fait que certaines compagnies aient le droit
de la puiser simplement pour la revendre en bouteille aux consommateurs, plusieurs centaines
de fois plus cher que l'eau municipale.
Pas étonnant qu'on commence donc à voir des batailles devant les tribunaux à ce sujet.
Pour en savoir plus: